Une chaîne en or très fine, offerte par ses parents pour ses dix ans. Céline Assouline l’a gardée des années, puis l’a passée au cou de sa fille le jour où celle-ci a eu le même âge. Tout ce qu’elle fabrique aujourd’hui dans son atelier d’Aix-en-Provence tient dans ce geste minuscule, un objet qui change d’épaule et emporte avec lui une part d’enfance.

Avant cela, Céline a compté. Finance, gestion d’entreprise, un master décroché à Aix-Marseille, puis plusieurs années dans des bureaux où l’on mesure la performance et où les journées se ressemblent. Elle en parle. Le métier avait sa logique, ses satisfactions, une forme d’ordre rassurant. Lui manquait seulement l’envie de se lever le matin. Une pause bébé a suffi à déplacer l’équilibre. Ces mois-là ouvrent parfois une brèche, un temps suspendu pendant lequel les évidences professionnelles perdent de leur autorité. Céline en est sortie avec une idée fixe, exercer un métier qu’elle aimerait vraiment.

L’aventure commence dans des salons. Elle sélectionne des créatrices de bijoux dont elle admire le travail et les présente lors de ventes privées entre copines, réunions bavardes où l’on essaie, où l’on hésite, où l’on repart avec un bracelet qu’on n’était pas venue chercher. Un commerce de proximité au sens propre, mené entre le canapé et la table basse. À force de manipuler les pièces des autres, l’envie lui vient d’en assembler une. Puis quelques-unes. Puis une collection. Ses clientes suivent, et elle se prend au jeu.

Janvier 2010, My Little Bijou existe officiellement. Le site portait alors un autre nom, Ce Que Femme Veut, formule d’époque qu’elle a depuis abandonnée et qui dit assez bien le tâtonnement des débuts. Le style, lui, s’impose vite. Des bijoux fins, faciles à porter du matin au soir, en argent, en plaqué or, en pierres naturelles. Élégants, raffinés, elle accepte volontiers ces mots, à condition qu’ils n’enferment pas. Il lui arrive de sortir des séries plus légères, franchement décalées, comme on s’autorise une fantaisie au milieu d’une garde-robe sage.

Ses inspirations voyagent. Elle chine des matières et des apprêts au gré de ses déplacements, ramène du Moyen-Orient le goût des dorures, des îles tropicales les perles et les coquillages, du Maroc et d’Italie certains accessoires que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Rien de cela ne pèserait grand-chose sans les femmes qui portent ses créations. Ce sont elles, dit-elle, sa véritable source. Elles demandent une longueur différente, une pierre précise, une initiale, un décalage. Beaucoup de pièces existent en un seul exemplaire, ou en séries si courtes qu’elles disparaissent avant d’avoir été photographiées pour le site.

Pendant des années, l’atelier tient dans une pièce blanche, chez elle, rangée dans un désordre joyeux que connaissent tous ceux qui travaillent de leurs mains. En 2017, Céline franchit le pas et ouvre une boutique-atelier au cœur d’Aix, rue Laurent Fauchier. Le lieu change la nature de son métier. Elle y crée, mais elle y reçoit surtout. On vient pour montrer, pour raconter, pour demander conseil, parfois simplement pour faire retailler une bague qui ne passe plus. C’est probablement là que son travail devient le plus intéressant. My Little Bijou ne se limite plus à produire du neuf. Céline grave des médailles, inscrit des dates, des prénoms, des phrases dont elle ignore souvent le sens exact et qui pèsent lourd pour celle qui les commande. Elle réalise des bijoux éternels, ces chaînes en or massif soudées directement autour du poignet, sans fermoir, que l’on ne retire plus. Un anniversaire, une naissance, une amitié de vingt ans, deux sœurs qui repartent avec le même fil. La soudure remplace la cérémonie.
Elle répare aussi, et transforme. Une broche héritée d’une grand-mère, démodée, cassée, reléguée au fond d’un tiroir depuis des décennies, ressort en pendentif. Un bijou abîmé retrouve un usage. Sa position sur ce point est nette, un bijou ne devrait jamais finir à la poubelle. Il se transmet, se réinvente, se porte à nouveau. Dans un secteur qui vit de renouvellement permanent, l’idée a quelque chose de légèrement séditieux. Le reste suit la même logique. Pas de production de masse, des quantités faibles, des finitions surveillées de près, des capsules qui rythment l’année sans jamais saturer les collections. Elle expose également le travail d’autres créateurs français et européens qu’elle repère un par un, par coup de cœur, comme au temps des ventes en salon. La méthode n’a pas changé, seulement le décor.

Reste cette conviction qu’elle formule simplement, le choix d’un bijou n’est jamais anodin. Il accompagne une étape, il fixe une émotion, il devient un repère et parfois un talisman. Elle en sait quelque chose, elle qui garde encore certaines pièces sans jamais les mettre. « À travers My Little Bijou, je souhaite avant tout continuer à créer avec plaisir, rester à l’écoute de mes clientes et proposer des bijoux qui accompagnent les femmes au quotidien, avec élégance, liberté et authenticité. » Quinze ans après avoir quitté les colonnes de chiffres, Céline Assouline fabrique des objets dont la valeur ne se calcule pas. Une chaîne fine passée d’une mère à sa fille, un jour de dixième anniversaire, vaut ici davantage que n’importe quel bilan.
Rachel A. SIlberman






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