Le doigt s’était levé avant la fin de la phrase pour venir se poser sur le petit ruban jaune épinglé au revers, celui des otages retenus à Gaza. « Comptez sur moi pour défendre les grandes causes. » Le geste tenait lieu de démonstration, dans une saison où la formule engageait plus qu’à l’ordinaire. Parrain européen d’Hadassah depuis un quart de siècle, Michel Leeb accompagne l’institution hospitalière de Jérusalem loin des projecteurs qui ont fait sa carrière.

Il a bâti sa notoriété sur la voix des autres. Il prête la sienne à un hôpital, et à une association française qui finance depuis les années 1980 la recherche et les équipements du centre hospitalier universitaire Hadassah. Sur ces soirées de collecte, Leeb occupe une place singulière. Tour à tour maître de cérémonie et attraction principale, il ouvre les galas, réchauffe les salles, dérobe quelques rires à des publics venus signer des chèques. Au Casino de Paris, en mars 2016, il célébrait les trente ans de l’association aux côtés de Michel Fugain, Michel Jonasz et Daniel Levi. Deux ans plus tard, salle Gaveau, il remettait un diplôme au professeur René Frydman devant six cents personnes réunies autour de Gershwin.

Trois mots reviennent dans sa bouche dès qu’on l’interroge sur ce compagnonnage. « L’espoir, la vie et la paix, qui caractérisent Hadassah, sont plus que jamais d’actualité », nous confiait-il en 2024. L’époque avait durci le propos sans l’infléchir. « Je suis frère de cœur avec Israël et avec tous les Israéliens, tous ceux qui souffrent », ajoutait-il en évoquant le climat qui pesait sur les communautés en France.

Le plus troublant tient dans une bande antérieure. Quatre ans plus tôt, en 2020, bien avant le 7-Octobre et avant que le ruban jaune n’apparaisse aux revers, il tenait déjà le même discours devant une caméra. « Dans ce contexte particulièrement difficile et bouleversant, où l’on voit la montée des racismes de toutes sortes, et en particulier de l’antisémitisme, il est évident que faire référence à Hadassah est une nécessité impérieuse. » La phrase pouvait passer alors pour une inquiétude d’artiste. Elle sonne aujourd’hui comme un diagnostic posé en avance.

Nécessité, parce que l’endroit dément la logique du conflit. Dans les couloirs de l’hôpital, la guerre reste à la porte. Médecins juifs et arabes opèrent les mêmes patients, Israéliens et Palestiniens partagent les mêmes chambres. Leeb raconte volontiers l’histoire d’un chirurgien français en poste là-bas, qui a soigné le terroriste responsable de la mort de son fils. Un geste qui déborde la médecine et embarrasse les catégories habituelles, celles de la politique comme celles de la religion.

« Hadassah, c’est une plateforme de paix et d’espoir, qui envisage l’avenir avec positivité, pas dans la guerre et le conflit comme cela s’est violemment installé aujourd’hui. »

Deputy Secretary of Defense Ashton B. Carter takes a helicopter tour over Israel July 22, 2013. Official DoD photo by Sgt. Aaron Hostutler U.S. Marine Corps (Released)

Reste la part la moins visible de cet engagement, celle qu’il aborde à voix plus basse. Vingt-cinq années de spectacles, de sollicitations acceptées, d’apparitions dans des salles où l’on parle de recherche médicale avant de parler d’humour, tiennent à des raisons qu’il qualifie de très profondes. « Une interrogation permanente sur ma vie, sur mes origines, sur tout ce que j’ai pu faire et tout ce que j’envisage de faire. » L’homme qui fit rire la France entière avec ses galeries de personnages a rarement commenté ce qui le constitue. Il concédait ce jour-là que le détour par Jérusalem répond à cette question mieux que n’importe quel numéro.

Les otages sont depuis rentrés, les vivants à l’automne 2025, les derniers corps au début de l’année suivante. Le ruban jaune a changé de sens sans quitter les revers. Hadassah, en hébreu, désigne le myrte, arbuste au feuillage persistant qui traverse les saisons sans se dépouiller. La comparaison est commode, elle dit assez bien la ténacité d’un lieu qui refuse de choisir son camp, et celle d’un parrain qui répète la même phrase depuis vingt-cinq ans sans que personne, longtemps, ait pris la mesure de ce qu’elle annonçait.

Eden Levi Campana

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