Chablis, nom qui résonne dans le monde entier, évocateur de la douceur de vivre à la française. Des coteaux plantés à perte de vue de Chardonnay, dont la légende raconte qu’il serait la transcription en français de « Cha’ar Adonaï », la porte de Dieu en hébreu. Un cépage rapporté des collines de Jerusalem par les croisés ou plus loin encore par les Romains. Invérifiable bien sûr mais cette légende, Nicole Messica en parle avec gourmandise, comme on savoure un grand cru, elle qui réalise aujourd’hui doublement son rêve en terre bourguignonne.

En rachetant puis en revendant puis en rachetant une deuxième fois la synagogue de Chablis, elle a transformé un simple acte immobilier en un puissant ancrage spirituel, en une renaissance, pour elle et pour la synagogue. Elle se vit comme le dernier maillon de cette chaîne fragilisée tout au long du Moyen-Age par les guerres et brisée au XIVème siècle par le décret d’expulsion de Charles VI. Vidée de ses fidèles tout comme la rue des Juifs où elle est implantée, la synagogue sera restaurée une première fois au début du XVIème siècle par un mécène local, qui bâtira l’élégante façade Renaissance que l’on voit encore aujourd’hui. Puis, abandonnée pendant près de quatre siècles, elle tombera peu à peu en ruines.

Jusqu’au milieu des années 90, quand les hasards de la vie guideront les pas de Nicole Messica de Los Angeles jusqu’à Chablis. Elle découvre alors une piteuse bâtisse au toit effondré, aux murs éventrés, sans fenêtres ni vitraux, Elle se sent alors investie d’une mission : refaire battre le cœur du judaïsme chablisien, réveiller sa vocation de lieu de vie communautaire.

Avec l’aide de M. Fèvre, un important vigneron local qui lui rachète la synagogue, elle transforme cet appel impérieux en réalité. Il reste peu aujourd’hui de la synagogue originelle, les travaux entrepris par M. Fèvre ayant presque entièrement restructurés les espaces intérieurs, avec notamment l’ajout d’un mikveh au rez-de-chaussée, d’un espace de prière et d’études au 1er étage et d’une terrasse au 2ème étage destinée à accueillir les cabanes de Souccot.

Les murs du rez-de-chaussée sont tapissés de grands panneaux retraçant l’histoire du peuple juif, œuvre de M. Fèvre qui lui a également consacré un livre. Seuls vestiges de la bâtisse d’origine, le mur d’enceinte de la ville auquel est adossée la synagogue, la plaçant à l’époque à l’extérieur du rempart comme le voulait la tradition médiévale. Et surtout les magnifiques caves voutées datant du XIIème siècle, dignes et émouvantes dans leur blancheur calcaire.
Depuis 2025, date à laquelle Nicole Messica la rachète, la synagogue bruisse à nouveau d’activités, d’allers et venues, de visites. Et de projets. Festival des musiques juives, allumage des bougies de Hanouka, salon de thé… Ce nouveau maillon, fondu dans un subtil alliage de spiritualité, de culture et de passion, prend fièrement sa place dans la longue chaine de l’histoire juive de bourgogne ; une histoire qui a de l’avenir.
Nathalie Aïdan



Reportage photo Ilan Zaoui






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