Dès les premiers instants où l’on rencontre Valérie Zarrouk, comédienne qui incarne Golda Meir, première ministre israélienne, c’est sa voix qui frappe : grave, profonde, intense, portée par une présence à la fois joyeuse et passionnée. Sa démarche, tantôt lente et lourde, tantôt légère et enjouée, traduit le poids des années et des responsabilités d’une femme qui vouait un amour immense à la Terre d’Israël, à son destin, à ses rêves.

Sur scène, Valérie Zarrouk se donne entièrement à son public et à son rôle : Golda prend chair devant nous et nous raconte son sionisme, sa vie avant Israël, ses combats, sa famille. À chacune de ses paroles, elle nous entraîne dans un voyage, un bond au cœur de l’histoire d’Israël.

Dès qu’elle reprend sa tenue civile, c’est une autre femme : instinctive, animale ou plutôt féline. Ce regard qui pétille montre à quel point elle est animée par son métier de comédienne. Au moment de quitter la robe grise de Golda et son chignon strict, elle redevient une femme mince, vibrante, contemporaine, qui parle vite et avec chaleur à son public. Curieuse et avide de leurs commentaires, elle échange avec simplicité et plaisir avec chacun.e.

Nous nous sommes rencontrées lors de la première représentation de GOLDA à Marseille, organisée par le Consistoire Israélite de Marseille. Nous avons fait un selfie après un joli échange ; elle m’a donné son numéro pour le lui envoyer, et une jolie correspondance a ainsi commencé entre nous. Directement et en confiance, de femme à femme, d’artiste à artiste, de mère à mère, avec nos identités juives en 2026. Parlant de deuil, de vie, de nos enfants, d’expériences cinématographiques … de la vie tout simplement.

De retour à Marseille pour une nouvelle représentation au profit de l’association MDA, qui œuvre sans relâche en Israël, nous avions très envie de nous revoir. Je lui ai proposé de la mettre en lumière dans Sababa Média par un effet de double projecteurs : le premier par les mots, le second par les images. J’aime faire les choses entièrement : interviewer, mettre en lumière une personnalité inspirante et réaliser un reportage photos. Le complément des mots et des images est juste complet, et la rencontre en est plus intense, authentique et créative.

Laissons la parole à Valérie Zarrouk

« Tout m’inspire chez Golda Meir ! Sa dignité, son humour, la fierté de ses origines, son engagement sans concession, ses luttes infatigables. Et sa part de mystère. Aucune femme n’a été à l’origine de la naissance d’un État, c’est la seule !
J’avais envie de jouer tous les épisodes de sa vie ! À chaque acte : un nouveau défi, un nouveau combat, une métamorphose !

« C’est le seul homme de mon gouvernement », disait Ben Gourion de Golda Meir, à quoi elle avait répondu : « Que diriez-vous si je vous disais, pour vous flatter, que vous êtes la seule femme du gouvernement ? » Tout Golda Meir est dans cette riposte !
J’aime particulièrement l’épisode de sa vie de pionnière au kibboutz, lorsqu’elle rencontre les futurs fondateurs d’Israël, c’est exaltant !
Son rêve devient réalité : « créer un pays avec ses mains », travailler la terre. Sa terre promise.

J’ai vécu avec elle pendant cinq ans, je me suis lancée à corps perdu dans tout ce que je pouvais trouver sur elle pour sentir ce qu’elle avait vécu. Ses mémoires, des archives, des lettres, des vidéos de discours et d’interviews. Écouter sa voix, ses silences, observer sa gestuelle, ses mimiques, me permet de rentrer dans son énergie intérieure.

Ce qui m’intéresse en lui redonnant la parole, c’est de la faire vivre dans toute sa complexité de femme. Avec ses doutes, ses peurs, ses tiraillements. L’icône appartient à l’histoire, mais le théâtre appartient au souffle humain, et l’équilibre se construit dans un espace fragile où la figure historique commence à respirer, à vivre. C’est dans cette tension entre le mythe et l’intime que le personnage devient vivant. Derrière l’image de « la dame de fer », il y avait une femme, une épouse et une mère qui portait seule le poids de décisions tragiques. Un poids émotionnel considérable.

Bien sûr que cette histoire résonne en moi d’une manière particulière de par mon identité juive, mais sur scène je ne cherche pas à défendre une cause. Ma responsabilité, c’est de rester au plus près du jeu et d’être honnête avec ce que je traverse. Je porte une mémoire qui continue de résonner aujourd’hui, dans une France où le Proche-Orient suscite beaucoup de tensions. Interpréter Golda Meir demande une attention particulière : elle n’est pas un personnage de fiction, mais le théâtre est justement l’endroit où l’on peut sortir des clichés et retrouver la complexité humaine.

Ma mission d’actrice est de donner envie au public de la rencontrer, de la comprendre et de faire en sorte qu’elle existe de plus en plus. Si les spectateurs sortent du théâtre avec l’envie d’en savoir davantage sur Golda et sur son histoire, qui traverse le XXe siècle, alors j’aurai accompli quelque chose d’essentiel.

« Appelez-moi Golda » a été pensé, voulu, bien avant le 7 octobre 2023, mais, comme par hasard, c’est à ce moment-là que l’« accouchement » a eu lieu.
Est-ce une coïncidence ? Une synchronicité avec ce qui s’était passé cinquante ans plus tôt, jour pour jour, avec la guerre de Kippour, lorsqu’elle était première ministre ?!
Dieu seul le sait !
En tout cas, mon envie de lui rendre hommage était encore plus forte. Quand le présent et le passé s’entremêlent, c’est troublant. Cette douleur, je la porte en moi ; elle nourrit inévitablement mon interprétation.

Après cette tragédie, Steve Suissa, le metteur en scène, et Éric Cohen, le producteur, se sont demandé comment imposer en France le destin d’une femme politique israélienne, mais ils en ont fait un challenge humain. C’était une nécessité.

Pour Steve, la culture est un acte de résistance. Chaque spectacle qu’il porte est une manière de transmettre une mémoire et de rappeler notre humanité commune. Sa spiritualité et son énergie me donnent des ailes. Avec Golda, cette conviction est présente dans chaque scène, et cela explique, je crois, la manière dont le public accueille la pièce.

Les gens sont émus, ils reviennent avec leurs enfants, leurs amis, et cela me comble de joie !
Voir les spectateurs avec les larmes aux yeux, entendre leur enthousiasme, leur besoin de partager ce qu’ils ont ressenti, c’est un immense cadeau ; je me dis que le théâtre accomplit quelque chose de précieux.

Le sionisme, pour Golda, était une nécessité existentielle, une réponse à l’exil et à la persécution, une promesse de dignité et de sécurité pour le peuple juif, et la garantie de sa continuité.

Steve Suissa est très intuitif, il a des fulgurances, il dirige avec délicatesse, sans renoncer à ses exigences. Il m’a fait sortir ce qu’il appelle « l’animalité » du personnage, sa véracité, son instinct de survie, en me ramenant à l’instant présent, sans jamais intellectualiser. Il fallait trouver une posture, une démarche, quelque chose de très terrien, ancré dans le sol. Et laisser de la place à mon intuition.

J’avais peur (même si je ne le montrais pas !), c’est vertigineux d’aborder un tel rôle !
Mais sur le plateau, le travail avec Steve est vite devenu concret, je me sentais canalisée. Il a su me trouver des appuis solides, notamment avec sa mise en scène, comme la musique, qui joue un rôle à part entière dans la pièce.

Après la représentation, il me reste tant de choses… toutes les vibrations que j’ai ressenties d’abord dans la salle … Il faut un peu de temps pour revenir à soi, comme si le corps et la mémoire émotionnelle mettaient du temps à redescendre. Le personnage continue de vivre en moi après la pièce, à grandir même. C’est une femme qui décide dans l’urgence avec le poids de vies humaines. C’est intense, et cela donne cette conscience plus aiguë de ce que représente une décision.
 Alors oui, il me reste une empreinte très forte, presque physique. Une certaine gravité… »

Un immense merci à Valérie Zarrouk pour sa confiance, ainsi qu’à Steve Suissa.

Sandra AMAR

interview et crédit photos

Appelez-moi Golda !

Pièce de théâtre qui a tourné plus d’une trentaine de fois en France, Suisse et Israël

Avec Valérie Zarrouk comédienne

Auteur(s) Michel Lengliney

Produit Par Eric Cohen, Steve Suissa

Durée 70 min

Mise en scène Steve Suissa

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