Mardi 28 juillet, un peu avant dix-huit heures, quatre câbles tendus au-dessus de la vallée de Ben Hinnom ont tenu lieu de scène au 65e Festival d’Israël. En contrebas de la Cinémathèque de Jérusalem, sur l’herbe, le public s’installait depuis 16h30. Pas de chaises, pas de billetterie, des nattes apportées de la maison et un pull pour la fraîcheur du soir. Le metteur en scène et chorégraphe Danny Tavori avait réuni cinq funambules, Hemda Ben Zvi, Nimrod Bar Giora, Omer Binyamini dit Boxi, Boaz Lilior et Yonatan Tabachnik, qui ont avancé pendant que jouaient au sol l’Orchestre Est et Ouest de Jérusalem et le Chœur des jeunes de la ville, sur une partition écrite pour l’occasion par le maestro Tom Cohen, Matan Seri dirigeant les voix. Le titre hébreu de la pièce, Al Hevel Dak, dit exactement ce qu’on voyait, sur un fil mince. La vallée, elle, n’a rien d’un décor neutre. Ce ravin sec qui sépare l’ouest de l’est de Jérusalem a donné son nom à la géhenne, et le festival y a fait marcher quatre silhouettes minuscules devant des milliers de nuques renversées.

Le geste renvoie à un précédent que Jérusalem n’a jamais tout à fait rangé. En mai 1987, le funambule français Philippe Petit avait ouvert le festival en traversant cette même vallée, du toit de l’hôtel Mount Zion jusqu’à l’American Institute of Holy Land Studies, treize ans après sa traversée clandestine entre les tours du World Trade Center. Il avait appelé sa marche Bridge for Peace. Teddy Kollek était maire, Oded Kotler dirigeait la programmation, et Petit avait lâché une colombe blanche au milieu du câble, image reprise par l’AP et devenue une carte postale involontaire de la ville. Trente-neuf ans plus tard, la direction artistique confiée à Dafna Kron et Michal Vaaknin ne rejoue pas la scène, elle la démultiplie. Un homme seul en 1987, cinq artistes et quatre lignes en 2026, avec cette différence que la synchronisation devient l’enjeu principal et qu’aucun d’eux ne peut avancer sans écouter les autres.
L’après-midi qui précédait relevait moins du spectacle que de la kermesse assumée. Un tournoi de shesh-besh organisé par l’association Kulna Jerusalem, arbitré par Moshe Gertel et le commentateur Zouheir Bahloul. Une partie de frisbee sur la ligne de couture menée par Hussam Musa. Des ateliers d’échange linguistique animés par HaMif’al et Madrasa, où l’on troque de l’hébreu contre de l’arabe pendant vingt minutes. Une initiation à la slackline par le collectif Karkaslata, pour ceux qui voulaient comprendre par les mollets ce qui se jouerait ensuite à quarante mètres. Et de la musique dispersée sur la pelouse, Louai Abbasi, Mussa Abbasi, Lev Loftus, Mehdi Kissi, Itamar Shlomo Cohen. Le festival avait affrété des navettes gratuites depuis le parking Karta entre 16h et 20h30, accessibles aux fauteuils roulants, et interdit les bouteilles en verre comme les barbecues, ce qui en dit long sur la fréquentation attendue.

L’édition court jusqu’au 20 août et déborde largement Jérusalem, avec des dates dans le Néguev occidental et en Haute Galilée. Le 10 août, Sagui Dekel-Chen se produira sur la pelouse de Nir Oz, le kibboutz où il a grandi et d’où il a été enlevé le 7 octobre 2023. Il y chantera les neuf morceaux qu’il a composés de tête pendant ses 498 jours de captivité et enregistrés sur son téléphone dans les deux jours qui ont suivi sa libération, en février 2025. Les 11 et 12 août, le volet VERSE est monté avec l’association Aner Shapira, du nom du musicien jérusalémite tombé au matin du 7 octobre, et rassemble Ehud Banai, Ninet Tayeb qui invite Berry Sakharof, Pele Ozen, Hasan MC et Orit Tashuma, à prix symbolique. Le 13 août, Tamir Muskat installe à Talpiot une nuit de hip-hop où Jimbo J, Teddy Neguse, Eko, Tapash, Eden Derso et Balkan Beat Box passent au crible de l’Orchestre de rue de Jérusalem dirigé par Ido Shpitalnik, arrangements d’Omri Bar, cinquante shekels la place. Le 6 août à la salle Sherover, Rejoicer convoque Gal Toren, Shai Tsabari, Riff Cohen et Alex Moshé de Folly Tree autour de SONIC BLUE, soirée bâtie sur une seule couleur, le bleu, qu’il perçoit littéralement en écoutant du son.

Le reste du programme tient dans un périmètre serré. Adi Boutrous présente Portraits de la chute le 7 août à Jérusalem, puis le 19 au centre Klor de Kfar Blum. Tous les esprits, danse anti-guerre en six tableaux, se joue les 4 et 5 août. Le cœur pensant, six carnets scéniques d’après Etty Hillesum, les 6 et 7. Et Drishat Shalom 2026, installation en entrée libre dans tout le Théâtre de Jérusalem du 4 au 7 août, réunit douze graphistes et onze auteurs autour d’une idée qu’on n’ose plus formuler à voix haute. Soixante-cinq années consécutives, plus de 35 000 spectateurs par édition, une affiliation à l’Association européenne des festivals et au réseau des festivals de la route de la soie. Le directeur général Ori Vaknin a rappelé avant l’ouverture que la tenue même de l’événement ne relève plus de l’évidence.
Rachel A. Silberman





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