Boy George a pris parti pour Israël, en chanson et en hébreu. Le dimanche 26 juillet 2026 au soir, le chanteur de Culture Club met en ligne trois minutes dix-huit de reggae lent consacrées au massacre du festival Nova, avec une légende d’un seul mot, Shalom, et un titre calligraphié en hébreu, עוד נרקוד. Od Nirkod. Nous danserons encore. Le morceau n’est sorti sur aucune plateforme de streaming, seulement sur X et Instagram, et il a dépassé les cent trente mille écoutes en quelques heures. Britannique de famille catholique irlandaise, 65 ans, il chante une phrase hébraïque au monde entier depuis son téléphone.

La phrase n’est pas de lui. Elle vient de Mia Schem, franco-israélienne de 21 ans, tatoueuse de métier, enlevée au festival le 7 octobre 2023 et libérée le 30 novembre après cinquante-quatre jours à Gaza. Début décembre, rentrée chez elle, elle s’est fait encrer sur le bras We will dance again et la date, 7.10.23, puis a publié la photo sur Instagram. Une tatoueuse qui reprend son métier en commençant par sa propre peau. Elle a raconté avoir remarqué après coup que les chiffres dessinaient à peu près le mot hébreu סבל, souffrance, sans que personne l’ait cherché. La phrase a essaimé de là. Elle a donné son titre au documentaire de 2024 sur le massacre, primé aux News and Documentary Emmy en 2025, puis au concert qui referme Sababa Les Fabuleuses Chroniques de Moshé Zaoui, en salles le 7 octobre, film sur la montée de l’antisémitisme en France dont le personnage principal est journaliste, chanteur et danseur. Boy George pose une mélodie dessus deux ans et demi plus tard.

Le texte évoque le 7 octobre nommément, les jeunes filles tuées pour le crime d’avoir dansé, et récuse le mot génocide au profit du mot guerre. Il adresse aussi quelques reproches directs à ses confrères musiciens, ce qui lui a valu l’essentiel des réactions hostiles. Le refrain reprend trois fois la phrase de Mia Schem, ajoute qu’il se tient du côté des Juifs, et la dernière ligne bascule entièrement en hébreu. Interrogé le lendemain sur l’étiquette pro-israélienne, il a préféré dire pro-paix.

Le geste étonne moins quand on sait d’où il vient. Culture Club s’est monté autour de Jon Moss, batteur juif de Londres, avec qui George a vécu pendant des années une histoire que le groupe a passé son temps à ne pas commenter. Sur les plateaux de 1982, entre deux passages de Do You Really Want to Hurt Me, le chanteur portait une tunique où le nom du groupe était calligraphié en hébreu. Des millions d’adolescents ont chanté Karma Chameleon sans savoir que la batterie tenait à un garçon de la communauté juive britannique. Le reste a suivi sans rupture. Concert à Tel-Aviv en 2017 malgré la pression du BDS. Single bilingue anglais-hébreu avec l’Israélien Asaf Goren en 2020. Signature en 2024 de la lettre défendant la participation israélienne à l’Eurovision, aux côtés de Sharon Osbourne et Gene Simmons. Participation en personne à l’Eurovision 2026 sous les couleurs de Saint-Marin avec Senhit. En avril, après l’agression au couteau de Golders Green, il se trouvait dans le quartier et a dit publiquement que la communauté juive devait savoir qu’on la soutenait. Au Jewish Chronicle en juin, il a formulé sa position avec une nuance que peu reprennent, il a beaucoup d’amis juifs et ne leur tournera jamais le dos, ce qui ne l’empêche ni d’éprouver de la compassion pour les Palestiniens ni d’être en désaccord avec ce qui se passe en Israël.

Le compte officiel du festival Nova a répondu sous la publication par la phrase, simplement, sans commentaire. David Draiman, Nicole Lampert et Hen Mazzig ont salué. D’autres, dont le musicien britannique Martyn Ware, ont répondu qu’on ne pouvait pas chanter ça en ignorant Gaza, et les rédactions d’Euronews, de PinkNews ou de The New Arab ont cadré le sujet sur la qualification de génocide retenue par une commission indépendante de l’ONU. Le Jewish Chronicle et N12 décrivent par ailleurs un morceau produit avec de l’intelligence artificielle, ce que l’intéressé n’a pas confirmé. Le décompte du Nova continue de flotter selon les sources, 344 civils et 34 membres des forces de sécurité pour NME, 378 morts pour Euronews. Boy George, lui, n’a rien retiré. Le morceau est toujours en ligne, en accès libre, et le refrain y répète trois fois que nous danserons encore, we will dance again.

Hanna-Fortuna Toledano

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