L’été impose ses rituels. Une serviette, un parasol dérisoire contre le soleil de juillet, et ce moment suspendu où l’on choisit enfin ce que l’on va lire sans que personne ne vous demande de rendre des comptes. Que vous étaliez votre serviette sur le sable de Gordon Beach, que vous cherchiez l’ombre d’une terrasse à Jérusalem ou que vous flâniez le long de la Seine, voici cinq titres qui méritent la place dans la valise, choisis pour leur diversité autant que pour leur qualité.

Mishka Ben-David, l’espion devenu romancier, pour les amateurs de suspense

Commençons par le plaisir coupable, celui qu’on assume sans détour. Ancien officier du Mossad pendant douze ans, Mishka Ben-David publie enfin en français Duel à Beyrouth (Nouveau Monde éditions), dix ans après sa parution en anglais. L’intrigue met en scène Ronen, agent limogé après l’échec d’une mission contre un cadre du Hezbollah, qui disparaît des radars. Sa femme, elle-même ancienne du service, contacte son ancien commandant pour tenter de le retrouver avant qu’il ne commette l’irréparable. Course-poursuite entre Tel Aviv et Beyrouth, confrontation morale entre deux hommes façonnés par le même métier. Les amateurs de la série Fauda y retrouveront une tension familière, portée cette fois par la plume d’un homme qui a vécu ce dont il parle plutôt que de l’avoir imaginé.

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Ludi Boeken, pour la nostalgie et la mémoire

Changement de registre avec Le silence d’Amsterdam (Chryséis éditions), roman qui interroge ce que les villes taisent et ce que les mémoires familiales transmettent malgré elles. Une lecture pour les esprits qui préfèrent la contemplation à la course-poursuite, davantage adaptée aux heures tièdes du crépuscule qu’au plein soleil de midi.

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Pierre Birnbaum, pour les esprits qui aiment se creuser un peu

Rien n’oblige à ne lire que du léger sous les cocotiers. Le roman du malheur, de Vienne à New York, les écrivains juifs au tournant du XXe siècle (Gallimard, NRF Essais) propose une traversée par l’historien Pierre Birnbaum des grandes figures littéraires juives de cette époque charnière, de Zweig à Proust en passant par Joseph Roth et Irène Némirovsky. La thèse centrale, celle d’un malheur constitutif qui aurait empêché ces écrivains de se défaire tout à fait de leur judéité, a suscité des critiques mordantes chez certains lecteurs qui y voient une lecture trop resserrée. Raison de plus pour s’en faire soi-même une opinion, verre frais à la main.

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Marcel Bénabou, pour le vertige philosophique

Figure rare de l’Oulipo et essayiste au style ciselé, Marcel Bénabou publie Aux franges du silence (Seuil, collection La librairie du XXIe siècle), une glose brève et exigeante sur ce que le langage ne parvient jamais tout à fait à dire. Un livre à picorer plutôt qu’à dévorer, entre deux baignades, pour les lecteurs qui aiment que leurs vacances laissent une trace dans l’esprit autant que sur la peau.

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Maurice-Ruben Hayoun, pour ceux qui veulent remonter aux sources

Enfin, pour qui préfère nourrir sa réflexion que bronzer bêtement, Aux racines de la pensée européenne, multiple judaïsme (Cerf) de Maurice-Ruben Hayoun retrace les apports du judaïsme à la constitution intellectuelle de l’Europe. Dense, mais accessible à qui accepte de ralentir le rythme, ce qui, après tout, est bien la promesse de l’été.

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Cinq livres, cinq humeurs, et une seule certitude. La meilleure lecture reste celle qui vous surprend là où vous ne l’attendiez pas. Bon été, et bonne lecture.

Rachel A. Silberman

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