En 1973, un jeune danseur de la troupe Kol Aviv apparaît aux côtés de Louis de Funès dans une chorégraphie hassidique promise à devenir culte. Cinquante ans plus tard, ce même homme, Moshe Zaoui, filme la montée de l’antisémitisme en France avec une caméra amateur. Entre les deux, une vie consacrée au chant, au théâtre, à l’écriture et à la transmission.

Avant Rabbi Jacob, il y a Salomon le magnifique. En 1972, Moshe Zaoui monte sur scène au Festival d’Arles dans cette pièce d’Alexandre Arcady, où il tient à la fois un rôle de comédien et la fonction de maître d’armes. L’année suivante, Gérard Oury prépare Les Aventures de Rabbi Jacob. Le scénario prévoyait au départ que Rabbi Jacob joue du violon comme un virtuose. Sur les conseils d’Alexandre Arcady, Ilan Zaoui prend attache avec Oury et lui présente la troupe Kol Aviv. Oury change d’avis après avoir assisté, avec Michèle Morgan et Danièle Thompson, à une démonstration dans les locaux de la Fédération des sociétés juives de France. Séduit, il incorpore la danse hassidique au film et confie la chorégraphie de la scène à Ilan Zaoui.

Moshe Zaoui se retrouve alors parmi les danseurs qui accompagnent Louis de Funès dans la scène tournée rue Jean-Jaurès à Saint-Denis, après dix jours de répétitions à Boulogne-Billancourt. Cette danse deviendra l’une des séquences les plus reprises du cinéma français, rejouée depuis dans des flash mobs réunissant plusieurs centaines de personnes. La collaboration avec Alexandre Arcady se poursuit près d’une décennie plus tard sur Le grand pardon, où Moshe Zaoui assure le chant et la danse d’ADAMA. En 1972, il est également maître d’armes sur Le Cid, mis en scène par Denis Llorca au Théâtre de la Ville, où il officie aussi comme cascadeur.
En 1978, Moshe Zaoui fonde ADAMA avec ses frères Ilan et Dan. Adama signifie la terre en hébreu. Pendant près d’un demi-siècle, les trois frères y transmettront bien plus que des spectacles : les chants, les danses, les fêtes, l’humour, les langues et la mémoire du judaïsme, dans toute leur diversité. À travers ADAMA, plusieurs générations de musiciens, danseurs et chanteurs découvrent ou redécouvrent un patrimoine culturel que les trois frères Zaoui s’attachent à faire vivre sur scène. La compagnie donnera plus de deux mille représentations à travers le monde : Olympia, Casino de Paris, Carré Sylvia-Monfort, Waldorf Astoria de New York, avec des tournées en Europe, en Israël et en Amérique du Nord. Plusieurs disques accompagnent ce parcours, dont Chants, danses et musiques des traditions juives en 1981 et Les plus belles chansons d’Israël, produit avec Sony Music en 1994. ADAMA reste, depuis 1978, l’œuvre des trois frères, fondée et portée ensemble.

En parallèle d’ADAMA, Moshe Zaoui collabore avec Jean Ferrat, Enrico Macias et Denis Llorca. Il écrit et met en scène plusieurs spectacles musicaux : Le bélier d’Abraham, Le rire de Dieu, Vendredi soir, La Genèse en tête-à-tête, Danser Jérusalem. Il publie aussi des romans, dont Pour l’humour d’une chèvre et Judith, des nouvelles, des contes pour enfants réunis dans Les histoires de Papi Momo, et un recueil de poésies et chansons, Il était une fois de plus.

En 2017, il met en scène Dieu, Brando et moi, pièce autobiographique de son ami Daniel Milgram, rencontré sur le tournage de Rabbi Jacob. Ilan Zaoui en compose la musique.

Parallèlement à son activité artistique, Maurice Zaoui, dit Moshe, enseigne pendant de nombreuses années, prolongeant dans les salles de classe une même volonté de transmission. Cette volonté de transmettre ne dit pourtant pas tout de l’homme. Ceux qui le connaissent évoquent d’abord un homme facétieux, capable de raconter des blagues à toute heure, dans les meilleurs moments comme dans les plus éprouvants.

Son frère Dan aime encore raconter comment, enfant, il avait été oublié sur le trottoir de l’école par Moshe, venu le chercher puis reparti sans lui, obligé de faire demi-tour. D’une énergie peu commune, il conserve une force physique et un goût du risque qui ne l’ont jamais quitté, au point d’enfourcher sa moto peu après une opération de la hanche. Grand fumeur depuis un demi-siècle, artiste jusque dans ses colères. Chez Moshe Zaoui, le chant n’est jamais loin. Qu’il soit sur une scène, autour d’une table familiale ou à la fenêtre de son appartement, il finit presque toujours par chanter. Un jour de fête de la musique, pendant le confinement, il improvise un concert depuis sa fenêtre. Le quartier entier l’acclame.

Après avoir consacré près d’un demi-siècle à transmettre la culture juive par le chant, la danse, le théâtre et l’écriture, Moshe Zaoui comprend qu’un nouvel outil est devenu indispensable. Face à la montée de l’antisémitisme après le 7 octobre 2023, la scène ne suffit plus, il faut aussi raconter, expliquer, documenter. Le 13 octobre 2025, jour où les derniers otages vivants sont libérés en Israël, il cofonde l’aventure SABABA MÉDIAS, afin de faire de la culture un outil de transmission et de partage. La scène a changé. La mission, elle, est restée la même.
SABABA, Les Fabuleuses Chroniques de Moshé Zaoui, documentaire. Sortie nationale le 7 octobre 2026.







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