Le 1er juillet au soir, le Centre Européen du Judaïsme célèbre Claude Riveline. Polytechnicien, ingénieur général des Mines, professeur à l’École des Mines de Paris pendant quarante ans, et par ailleurs l’une des voix les plus libres de la pensée juive française du XXe siècle. Le genre de personnage qui aurait pu choisir son camp : la grande école ou la yeshiva, le tableau noir ou le beit midrash. Il n’a pas choisi. Il a tout fait en même temps, et plutôt mieux que la plupart.
À ses étudiants des Mines, il enseignait une façon de regarder les organisations qui n’avait rien de conventionnel. Pas de modèles mathématiques, pas d’optimisation abstraite. Une grille en quatre dimensions : la matière, les personnes, les institutions, le sacré. Et une formule que des générations d’ingénieurs ont gardée bien après leur diplôme : « Le coût d’un bien n’existe pas. Seul existe le coût d’une décision. » Il a fondé le Centre de gestion scientifique en 1967, envoyait ses élèves sur le terrain dans des entreprises réelles, donnait aux futurs hauts fonctionnaires français le goût de penser par eux-mêmes. C’est un héritage concret.
L’autre versant de Riveline est tout aussi impressionnant. Descendant du Gaon de Vilna, élève de Léon Askénazi, il participait dans les années 1960 aux Colloques des intellectuels juifs de langue française, ceux où l’on débattait avec Levinas, Neher, Jankélévitch. En Uruguay, lors d’une tournée académique, il avait croisé Chouchani, le maître errant sans identité fixe qui avait marqué Levinas et Wiesel. Il en avait témoigné. Il a publié un Petit traité pour expliquer le judaïsme aux non-juifs, traduit en anglais. Des conférences accessibles sur Akadem, des salles pleines, un public bien au-delà de la seule communauté. Orateur d’une clarté tranchante, il entrait toujours en annonçant son plan et s’y tenait. Ses anciens étudiants disent qu’ils n’ont jamais rencontré quelqu’un qui parle aussi bien.
Quatre intervenants prendront la parole pour l’occasion.
Haim Korsia, Grand Rabbin de France depuis 2014, occupe la fonction avec une présence publique que ses prédécesseurs n’avaient pas. Il ne fuit pas les débats difficiles, il les cherche.
Anne Lauvergeon a dirigé Areva dix ans, après avoir été sherpa de Mitterrand à 31 ans. Normalienne, agrégée de physique à 21 ans, deux fois dans le classement Time des cent personnes les plus influentes du monde. Atomic Anne, titraient les journaux anglophones. Elle a aussi fait l’École des Mines. Le lien avec Riveline n’est pas que protocolaire.
Perrine Simon-Nahum est directrice de recherches au CNRS et professeure au département de philosophie de l’ENS-PSL. Elle travaille sur Aron, Arendt, le judaïsme français du XIXe siècle. Elle anime le Nouveau Colloque des intellectuels juifs, héritier direct de ces colloques où Riveline prenait la parole dans les années 1960. La continuité est assumée.
Dan Arbib enseigne la philosophie à Sorbonne Université. Spécialiste de Descartes, de Spinoza et de Levinas, il dirige plusieurs collections aux PUF et chez Vrin. 43 ans, une pensée déjà bien installée dans le paysage philosophique français. On l’a vu débattre du sens du tragique dans l’histoire juive au mahJ aux côtés de Perrine Simon-Nahum. Ils se connaissent, ça va se sentir.
Entrée gratuite sur inscription. Cocktail de clôture. 10 Place de Jérusalem, Paris 17e.
Infos et inscription sur cejparis.com






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