Tal Vaknin n’a jamais eu à chercher sa voie, elle s’est imposée à lui avant même qu’il puisse en mesurer le poids. Jérusalem, une enfance bercée par les chants cantoraux du père, et déjà la certitude que rien d’autre ne serait possible. Enfant prodige repéré avant même l’âge adulte, il a suivi un parcours qui conjugue rigueur et ferveur. Son passage dans les rangs de Tsahal n’a pas interrompu sa trajectoire artistique, il l’a au contraire nourrie d’une dimension humaine rare. Chanteur officiel de l’orchestre militaire, il a sillonné les bases du pays, portant la musique là où elle agit comme un baume, là où les mots ordinaires s’avèrent impuissants.
Ce que les scènes du monde ont ensuite découvert, c’est un artiste d’une amplitude vocale stupéfiante, capable de glisser avec une fluidité déconcertante du registre sacré au registre populaire, de la prière au titre entraînant, sans jamais trahir ni l’un ni l’autre. Compositeur autant qu’interprète, il a forgé un répertoire propre, fait de chansons devenues des références dans les communautés juives d’Israël, d’Europe et d’Amérique. « Emunah », son duo avec la superstar Gad Elbaz, « Neshama », « Soul », « Ala » écrit sur les textes du Rav Kook, ou encore le bouleversant « My Day » figurent parmi ces œuvres que le public reprend en chœur, les yeux mi-clos, avec l’intensité de ceux qui reconnaissent quelque chose du fond d’eux-mêmes.
Sa capacité à traverser les styles sans perdre son âme lui a valu une reconnaissance bien au-delà des cercles confessionnels. On l’a vu partager la scène avec Andrea Bocelli, ce qui en dit long sur la stature vocale qu’il a su acquérir au fil des années. Les communautés juives de New York, de Londres, de Paris ont vibré à ses concerts. Les mariages et houppas qu’il a chantés portent sa marque lumineuse, ce mélange singulier de chaleur et de puissance qui transforme chaque cérémonie en mémoire indélébile.
Fondateur de la station de radio Galey Yisrael, créateur du groupe pour enfants Musickids, directeur musical de Lehakat Darom, Tal Vaknin est aussi un bâtisseur, un homme convaincu que la musique s’enseigne, se transmet et se partage. Cette dimension communautaire dit quelque chose d’essentiel sur sa nature profonde, le talent, chez lui, n’est jamais une fin en soi, plutôt un outil mis au service du lien entre les êtres.
La guerre du 7 octobre 2023 a révélé une facette supplémentaire de cet artiste singulier. Alors que d’autres se seraient contentés d’un geste symbolique, Tal Vaknin a coordonné chaque nuit des dons d’équipements tactiques à destination de milliers de soldats, tout en continuant de se rendre sur les bases militaires pour offrir sa voix à ceux qui se battaient. Chanter pour des hommes en armes, dans l’urgence et la gravité d’un conflit, exige un courage et une générosité que peu d’artistes auraient su mobiliser avec une telle constance. Dimanche, c’est Paris qui l’accueille, place Victor Hugo, en plein cœur de la Fête de la 3ème édition de la Musique israélienne. Un rendez-vous qui prend une résonance toute particulière dans ce moment où les cultures cherchent à se rejoindre. Tal Vaknin apporte bien plus qu’un programme musical. Il apporte Jérusalem sur les pavés parisiens, la chaleur du Moyen-Orient sous le ciel d’été de la capitale, et cette conviction chevillée au corps que la musique abolit toutes les distances, toutes les différences.
SABABA MEDIAS : Portons-nous encore la lumière .
TAL VAKNIN : Le peuple juif a toujours vécu avec une forme de peur. Partout où il allait, on lui demandait de se cacher. La kippa, l’étoile de David, le Magen David. Cacher sa langue aussi. Mais ce qui distingue notre génération des précédentes, c’est ce qu’on appelle en hébreu gvoah, une force, une puissance qui monte et qui s’allume en chaque Juif du monde. C’est fini la peur. Le moment est venu d’être fier, de se lever et de dire je suis juif, et j’en suis fier. La Torah est un livre d’amour et de partage. Nous traversons une période très difficile, mais nous portons encore la lumière. C’est notre mission.
Allons-nous vers un monde meilleur ?
Être juif après le 7 octobre, ce n’est pas facile. Où que tu ailles, tu dois regarder autour de toi. De petits enfants dans la rue demandent à leur mère : maman, est-ce que je peux mettre mon tsitsit ? Est-ce que je peux te parler en hébreu ? Mais nous croyons tous, nous espérons tous que nous allons vers un monde meilleur, pour tous les peuples.
La musique peut-elle là où les mots échouent ?
La Bible dit : Am kellavia kum, une nation se lève comme un lion. Israël est la nation du lion. Et je pense que ce petit pays se retrouve à devoir rallumer la lumière partout dans le monde. De pays en pays. Ce n’est pas une question de violence, c’est une question de lumière à transmettre. C’est tout le sens de ce combat.
Et si on dansait à nouveau ?
Nous savons tous que la musique peut relier les êtres aux quatre coins du monde, sans langue, sans contact physique, quelque chose de spirituel, juste entendre et danser. Quand nous avons vu que le 7 octobre des gens dans les synagogues avaient cessé de danser avec la Torah, et que des jeunes au Nova avaient cessé de danser lors d’une fête, nous avons compris qu’il fallait montrer au monde entier que nous voulons tous la même chose. Nous avons juste besoin de nous lever, de danser, d’être ensemble. Nous avons un monde magnifique, et c’est notre chemin.
Rachel A. Silberman






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