En 2013, à New York, Ingrid Jean-Baptiste est victime d’un grave accident de voiture. S’ensuit une longue convalescence, de celles qui forcent à tout ralentir et à voir la vie différemment. C’est dans ces semaines d’immobilité forcée que germe une idée : créer un festival de cinéma qui donnerait leur chance aux réalisateurs indépendants, à ceux que les grands circuits de diffusion laissent souvent de côté. À sa sortie de convalescence, Ingrid ne range pas ce projet dans un tiroir. Avec sa mère, Sonia Jean-Baptiste, elle décide de le concrétiser. Ensemble, elles fondent le Chelsea Film Festival à New York.

Entretien avec Ingrid Jean-Baptise

Lorsque nous croisons Ingrid et Sonia Jean-Baptiste à Cannes, elles viennent d’assister à la projection de « SABABA – Les fabuleuses chroniques de Moshé Zaoui ». Quelques jours plus tard, au Pavillon Innovation, la conversation s’éloigne rapidement de la Croisette. Car bien avant les réceptions et les rendez-vous du Marché du Film, leur histoire commence à New York. En 2013, Ingrid a un terrible accident de voiture. Pendant sa convalescence elle imagine le projet d’un Festival. Avec sa mère , Sonia, elle fonde le Chelsea Film Festival avec l’ambition d’offrir une tribune à des réalisateurs que les grands circuits de diffusion ignorent souvent.

Lorsque le festival voit le jour, rien n’indique qu’il trouvera sa place dans une ville où l’offre culturelle est l’une des plus abondantes au monde. New York compte déjà ses institutions, ses événements installés et ses réseaux professionnels. Pourtant, Ingrid et Sonia Jean-Baptiste choisissent d’emprunter un autre chemin. Elles misent sur les films indépendants, sur les premiers projets, sur les réalisateurs encore inconnus du grand public.

Au cours de notre entretien, les deux fondatrices évoquent avant tout une aventure humaine. Le Chelsea Film Festival n’est pas né autour d’une stratégie de développement ou d’une étude de marché. Il est né d’une conviction. Celle qu’un film peut trouver son public même lorsqu’il ne dispose ni d’un budget considérable ni d’une campagne de promotion internationale.

Ingrid Jean-Baptiste

Année après année, le rendez-vous new-yorkais s’étoffe. Des réalisateurs venus de pays toujours plus nombreux soumettent leurs œuvres. Des producteurs, des distributeurs et des professionnels de l’industrie prennent l’habitude d’y participer. Le festival construit progressivement sa réputation. La fidélité de son public et la diversité de sa programmation deviennent ses principaux atouts.

La genèse du Chelsea Film Festival

Dans la conversation, le nom de Sonia Jean-Baptiste revient souvent lorsqu’il est question des films eux-mêmes. La sélection demeure au cœur du projet. Derrière chaque édition se cache le même travail patient : regarder, comparer, débattre et choisir. À l’arrivée, ce sont les histoires qui font la différence. Les tendances passent. Les modes changent. Les récits demeurent.

Cette attention portée aux œuvres explique sans doute la singularité du Chelsea Film Festival. Beaucoup d’événements cherchent à attirer les regards. D’autres cherchent avant tout à découvrir ceux qui, demain, attireront ces regards. La nuance est discrète, mais elle apparaît régulièrement au fil de notre échange.

À Cannes, cette démarche prend une résonance particulière. Sur la Croisette, les grandes productions côtoient les films les plus modestes. Les vedettes croisent les jeunes réalisateurs venus présenter leur premier long métrage. Les discussions commencent parfois dans une salle de projection et se poursuivent plusieurs années. Pour les directeurs de festivals, ces quelques jours constituent un observatoire privilégié des talents émergents.

le cinéma israélien

C’est aussi ce qui a conduit Ingrid et Sonia Jean-Baptiste à assister à la projection de « SABABA – Les fabuleuses chroniques de Moshé Zaoui ». Comme beaucoup de professionnels présents à Cannes, elles profitent de cette concentration exceptionnelle de films, de créateurs et d’initiatives culturelles pour découvrir de nouveaux projets et multiplier les échanges.

Lorsque l’entretien s’achève, une impression demeure. Treize ans après sa création, le Chelsea Film Festival continue de suivre la même direction. Les moyens ont changé. La notoriété s’est développée. Le réseau s’est élargi. Pourtant, l’objectif initial reste identifiable. Offrir une place à des cinéastes qui cherchent encore leur public et permettre à des œuvres venues d’horizons différents de se rencontrer à New York.

Dans une industrie où tout évolue rapidement, cette fidélité à une idée de départ constitue peut-être la véritable singularité du Chelsea Film Festival. Et c’est sans doute ce qui explique que ses fondatrices continuent, année après année, de parcourir les festivals du monde entier à la recherche des histoires qui composeront les éditions futures. Treize ans après l’accident, le festival existe toujours, porté par cette même conviction née d’une épreuve : qu’un accident puisse devenir le point de départ d’une aventure collective, et qu’une période de fragilité personnelle puisse se transformer en projet durable, au service d’autres créateurs, qu’il est parfois important de savoir renaître pour créer.

Hanna-Fortuna Toledano

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