Né d’une conviction et d’une urgence, le Festival Lehaïm revient pour sa deuxième édition les 4 et 7 juin 2026 à Aix-en-Provence. Derrière ce projet, trois fondateurs — Benjamin Bitane, Jessy Bloch et Sabrina Aouizerate — et toute une équipe de bénévoles animés par une même idée : faire dialoguer les cultures, sans bannière politique ni religieuse, en plein cœur de Provence. Hier a eu lieu la soirée d’inauguration de l’édition 2026 avec plus de 300 participants dans une ambiance chaleureuse et joyeuse, la pluie n’a arrêté ni les organisateurs qui ont trouvé un Plan B, ni les participants qui ont continué de répondre présents, ni les artistes venus réjouir le public. 

Un festival né d’une nécessité

Le déclic ? Les années difficiles traversées par les juifs de France, et la question lancinante de savoir si notre société est encore capable de vivre ensemble, de considérer la différence comme une richesse. Plutôt que de désespérer, ils ont choisi de créer. Un événement ouvert à tous, ancré dans leur ville, soutenu par la municipalité au même titre que les autres grands rendez-vous culturels aixois. La Maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains, a d’ailleurs porté le projet dès sa genèse, mettant à disposition l’un des plus beaux parcs de la ville. Un soutien politique fort, partagé autour d’une même envie : faire dialoguer les cultures.

Le nom, Lehaïm — « À la vie » en hébreu — dit tout de l’esprit du projet. Cette expression porte à la fois l’attachement à la dignité humaine, la joie que peut apporter l’existence, et la conviction que la vie est un universel partagé par tous les êtres humains sur la planète. Lors de la première édition, la Maire elle-même a naturellement employé ce nom dans son discours inaugural — signe que l’évidence s’était imposée à tous.

Ateliers Musique

Aix-en-Provence, un écrin naturel

Aix-en-Provence ne s’est pas imposée par hasard. Les trois fondateurs y vivent depuis plusieurs années — Sabrina depuis toujours. C’est une ville qui ne laisse pas indifférent : son architecture, son identité, ses paysages, et une programmation culturelle qui sait mettre l’art à l’honneur.Aix possède une histoire juive profonde, remontant au haut Moyen Âge. Au XIXe siècle, la communauté y a connu une ascension sociale remarquable, comptant plusieurs maires juifs parmi ses élus. Son enfant le plus célèbre reste Darius Milhaud, qui ouvrait son autobiographie par cette phrase : « Je suis un Français de Provence et de religion israélite. » Deux identités tenues ensemble, sans hiérarchie — exactement l’esprit de Lehaïm. Ville universitaire accueillant plus de 30 000 étudiants venus du monde entier, Aix est aussi un terrain naturellement fertile pour la curiosité intellectuelle et la rencontre interculturelle — exactement ce que Lehaïm cherche à cultiver.

Salima Passion

Une première édition au-delà des espérances

En 2025, les fondateurs étaient dans l’expectative la plus totale. Première édition, moyens modestes, juin chargé culturellement sur Aix. Résultat : 250 personnes le jeudi soir, et plus de mille le dimanche. Un succès inattendu, et surtout une composition du public révélatrice : environ 60 % de festivaliers juifs, 40 % de non-juifs. L’image qui résume le festival selon ses fondateurs ? Des gens de toutes origines et de toutes convictions, main dans la main, dansant une hora ensemble. Un moment en apparence anodin, qui disait pourtant tout.

Les retours du public ont confirmé l’intuition de départ : les gens saluaient l’initiative en disant à quel point elle « faisait du bien ». Car Lehaïm comble un vide. Pour beaucoup de non-juifs, comprendre que l’identité juive n’est pas seulement une religion mais un peuple — avec ses langues, ses cultures, ses rites, ses espaces géographiques — n’est pas évident. Habitués à avoir le christianisme comme repère, ils découvrent une réalité bien plus vaste et plus diverse. Lehaïm ne cherche pas tant à déconstruire des préjugés qu’à combler cette méconnaissance, avec bienveillance et dans un état d’esprit résolument joyeux.

Atelier Calligraphie hébraïque et arabe

2026 : cap sur la Méditerranée

Si la première édition avait offert un panorama général et volontairement large des cultures juives, l’édition 2026 choisit la profondeur. Le thème retenu : les cultures juives méditerranéennes. Un choix qui s’est imposé naturellement — la Méditerranée, c’est le quotidien des trois fondateurs, leurs origines, leur sensibilité. Mais c’est aussi un espace souvent perçu à travers le prisme des tensions, alors qu’il est avant tout synonyme de partage, de brassage, de porosité entre les peuples.

Ateliers Enfants

Au programme, plusieurs nouveautés significatives. Une exposition photographique, réalisée par l’équipe elle-même, réunit des photos de famille de juifs aixois issus du bassin méditerranéen — un travail de mémoire intime et collectif à la fois. Une tente cinéma permettra de visionner des documentaires sur les juifs de Méditerranée, le déracinement, la transmission, avec une rencontre prévue avec deux cinéastes. Et en clôture, dimanche soir, un concert de Ladino — cette langue judéo-espagnole héritée des Séfarades d’Espagne, aujourd’hui en voie de disparition — que les organisateurs tiennent à maintenir vivante. Donner à entendre ce qui tend vers l’oubli : c’est aussi ça, la mission de Lehaïm.

CONFÉRENCES Clara Elalouf et Kamal Hachkar

La culture là où le débat public échoue

Les fondateurs le disent sans détour : la culture a des avantages que le débat public n’a pas. Pas d’ego, pas de stratégie électoraliste, pas d’arrière-pensée. Juste des valeurs portées avec le cœur, par des bénévoles à 100 %. Et la conviction profonde que les cultures juives se sont toujours mêlées aux sociétés dans lesquelles elles ont vécu — en y apportant, en y recevant. Quand on écoute du flamenco ou de la musique arabo-andalouse, on entend les mêmes sonorités, les mêmes tempos que les zemirot du chabbat. La culture permet de recréer ces ponts que la parole politique peine à maintenir.

Une anecdote illustre parfaitement cette porosité : en préparant la playlist du festival, l’équipe a découvert que Misirlou, standard de la musique juive grecque, est l’original qui a inspiré la bande-son iconique de Pulp Fiction et le tube Pump It des Black Eyed Peas. Un petit vertige qui dit tout de l’incroyable circulation souterraine des cultures méditerranéennes à travers les siècles.

Le message que Lehaïm souhaite envoyer à la société française ? Humblement, que le dialogue est encore possible. Élie Wiesel écrivait : « La mémoire nourrit une culture, alimente l’espoir et donne à chaque être sa dimension humaine. » C’est exactement l’état d’esprit de ces bénévoles provençaux, qui sous le soleil d’Aix, donnent chaque année un peu plus de vie au mot Lehaïm.  

Débat David Dahan et Jean François Fau

Et dans cinq ans ?

L’ambition est là, assumée et joyeuse : que Lehaïm devienne un rendez-vous incontournable bien au-delà d’Aix et de Marseille, que les hôtels de la ville affichent complet comme pour le Festival d’Avignon, que les éditions futures explorent d’autres territoires des cultures juives — le Comtat Venaissin, l’Alsace, le monde ashkénaze, le Moyen-Orient. Avec en tête des projets toujours plus immersifs : sons et lumières, accès à des lieux aixois d’exception, des invités comme le dessinateur Joann Sfar, la chanteuse Riff Cohen ou le musicien Idan Raichel. La liste est longue, et l’appétit intact.

Rdv ce dimanche 7 juin de 11h à 22h dans les magnifiques jardins du Pavillon de Vendôme 34 rue Célony 13100 Aix en Provence pour la journée, familiale et joyeuse. 

Le programme est à consulter ici : https://www.festival-lehaim.com/

Sandra Amar

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