Un visage, une voix, une mémoire qui affleure sans jamais se livrer entièrement. Erella Atlan s’avance dans la lumière avec cette retenue rare des artistes qui n’ont rien à prouver et tout à transmettre. Le 16 avril, au Sunside, elle ne donne pas simplement un concert. Elle ouvre un espace. Une traversée intérieure où chaque note semble porter une histoire plus ancienne qu’elle, plus vaste aussi.

Chez Erella, la musique ne s’impose pas, elle circule. Elle se glisse entre les langues, épouse les silences, enlace les souvenirs. Le français, l’hébreu, le judéo-espagnol ne sont pas des choix esthétiques. Ils sont les fragments d’une identité en mouvement, les éclats d’un héritage assumé sans ostentation. Erella ne juxtapose pas les cultures, elle les fait dialoguer dans une forme de douceur souveraine.

Il y a dans son chant une pudeur presque grave, un refus du spectaculaire au profit d’une émotion tenue, précise, presque fragile. Puis soudain, une intensité surgit, comme une vérité qui ne peut plus attendre. Le piano devient alors complice, partenaire discret d’une parole musicale profondément incarnée. Autour d’elle, les musiciens prolongent ce souffle sans jamais le contraindre. On pense à certaines lignes de Barbara pour cette manière de faire exister le silence. On devine, en filigrane, l’élégance d’un Avishai Cohen dans la façon de laisser respirer la matière sonore. Pourtant, Erella Atlan ne ressemble à personne. Elle trace une voie singulière, à la croisée des mondes et des temps.

À SABABA MEDIAS, l’attachement est immédiat, presque instinctif. Une évidence. Et puis, dans un élan que l’on revendique sans la moindre retenue, nous avons troqué nos places pour Céline Dion contre celles d’Erella. Un échange parfaitement déséquilibré aux yeux de notre banquier, parfaitement logique aux nôtres.

Le 16 avril, il n’y a plus vraiment de choix. Seulement une direction. Celle du Sunside. Ce soir-là ne promet rien. Il appelle. Quelque chose de simple, de profond, presque nécessaire. Une voix, un piano, des histoires qui trouvent leur place sans forcer. Le 16 avril ne s’annonce pas, il se ressent déjà. Et certains rendez-vous, quand ils sonnent ainsi, ne se discutent pas.

Rachel A. Silberman

www.sunset-sunside.com/concert/erella

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