À SABABA MEDIAS, nous avons lu Benny et la Grande Aventure : Le trésor du Rabbin Pirate. Et nous avons adoré. Le livre embarque immédiatement. La voix est juste. Le regard est à hauteur d’enfant sans jamais être enfantin. On avance avec Benny comme avec un copain de quartier, avec confiance, curiosité et l’envie d’aller jusqu’au bout. Ce qui nous a touchés, c’est la manière dont l’aventure, l’humour et l’émotion cohabitent naturellement. Rien n’est forcé. Rien n’est souligné. L’univers fonctionne parce qu’il est incarné. Les personnages existent immédiatement. Le quartier vit. On y croit. On s’y attache. Et très vite, on comprend que cette aventure parle autant d’amitié, de transmission et de curiosité que de mystère ou de trésor. C’est exactement ce que nous aimons défendre à SABABA MEDIAS des récits accessibles, généreux, ancrés, capables de parler à plusieurs générations sans changer de ton ni de regard. Nous avons donc eu envie de donner la parole à Daniel Benchimol pour comprendre comment cet univers est né, comment Benny a pris forme et comment on parvient à conserver cette liberté de ton du début à la fin.

SABABA MEDIAS : D’où vient Benny ?
Daniel Benchimol : Benny est un personnage qui est né il y a plus de dix ans déjà sous forme de comics trip que l’on pouvait retrouver sur le site d’Alain Granat, Jew Pop. Les autres personnages sont venus très rapidement après la création de Benny : madame Blum, le Docteur Amouyal, le boucher Monsieur Teboul, le coiffeur Monsieur Marciano, Dadou, Prof et Ly. A la première personne ? ah oui c’est vrai, certainement pour plonger directement le lecteur dans les yeux du personnage sans passer par la vision d’un narrateur adulte.
La Kippa Dorée, un quartier imaginaire ou miroir du réel ?
Le quartier de la Kippa Dorée est un quartier imaginaire, une sorte de ghetto heureux loin de la folie du monde. Le nom m’est venu un jour dans les bouchons à la Porte Dorée. Oui, les personnages sont très inspirés par des gens que je connais ou que j’ai connu, c’est également le cas pour certaines situations, le tout étant bien sûr ensuite réadapté pour notre histoire.

Le Club des Quatre Redoutables, pourquoi ces quatre-là ?
Je voulais crée une bande d’amis bien entendu complémentaires, différents et surtout une bande unique quand elle était réunie. Une influence venant certainement du Petit Nicolas, du Club des 5, d’ET et des Goonies au cinéma. Benny est le leader sans trop le vouloir, toujours partant pour de nouvelles aventures, Dadou est l’indispensable gourmand de la bande, monsieur boulette, mais en même temps un précieux camarade dans l’action, Prof est le plus lunaire des quatre, toujours en décalage par rapport aux situations en cours mais parfois avec des fulgurances qui épatent son entourage, Ly, est un peu le Géo Trouvetou ou le Mac Gyver de l’équipe, plein d’énergie et toujours de solutions efficaces. On retrouve dans les personnages un peu de mes amis proches et de moi-même portant certainement une douce nostalgie pour ces années d’insouciances.
Le point de départ, la disparition de Monsieur Teboul. Pourquoi un boucher ?
Il faut dire que j’ai une obsession affectueuse pour les bouchers casher et la clientèle qui les fréquente : c’est toujours une sorte de Comedia del Arte hystérique, même pour l’achat d’un simple rôti de veau. C’est un décor vraiment inspirant. Il s’agit d’un petit quartier calme ou tout le monde se connait et un événement comme la disparition du boucher permet de bousculer les habitudes et de faire jaillir les personnalités de chacun.

D’où sort cette idée de « rabbin pirate » ?
Il faut savoir que le Rabbin Pirate à réellement existé, il s’appelait Samuel Pallache c’est un personnage incroyable né en 1550. Il était marchand, diplomate et pirate Juif marocain avec une formation de rabbin. En tant qu’émissaire du souverain du Maroc il avait conclu un traité avec la République Néerlandaise en 1608. Je l’ai découvert à la lecture du livre « les pirates Juifs des Caraïbes » de Edward Kritzler aux éditions André Versaille. Je cherchais la bonne idée pour faire vivre à mes héros une vraie aventure et Samuel Pallache est apparu comme une évidence.
Comment tu doses pour éviter le « trop gag » ou le « trop sérieux » ?
L’humour, l’auto dérision et le second degré étaient pour moi indispensables. J’ai laissé courir l’aventure dans mon esprit et le fait de la vivre, en tant que narrateur à la première personne m’a permis de doser l’aventure, l’humour et l’amitié.
Comment transmets-tu une ambiance, des codes, des mots, sans faire la leçon ?
C’est une histoire Juive, et comme souvent avec les histoires Juives elle a vocation à être universelle. Evidemment il y a toute une série de clins d’œil que les « initiés» apprécieront mais que l’ensemble des lecteurs pourra aussi savourer. Cette aventure porte un message pour tous que les lecteurs découvriront dans les derniers chapitres.
Tu connais la fin dès le départ, ou tu avances en même temps que tes personnages ?
J’avais construit l’intrigue jusqu’au dixième chapitre (sur les vingt au total) mais j’ai du tout détricoter pour mieux recommencer après avoir réalisé un ou deux incohérences dans le récit initial. Donc oui pour la deuxième mouture la trame était établie.
De 8 à 120 ans ?
Un clin d’œil au slogan du journal de Tintin de mon enfance : « de 7 à 77 ans » mais dans une version réadaptée aux 120 ans de l’âge de la mort de Moïse. Que les adultes y retrouvent un brin de folie et de légèreté saupoudré de belles valeurs et d’humour. Et que les enfants s’en inspirent pour conserver leur joie de vivre et une ouverture d’esprit pour la curiosité et l’esprit d’aventure.

Et après Benny revient ?
J’ai prévu trois prochaines aventures pour le moment : au Maroc, aux Caraïbes et en Israël. Je viens de commencer le travail de documentation pour la version marocaine. La version anglaise ou Dadou Boulette devient Dadoo Meatball vient de sorite. Et j’espère plein d’autres développements à venir pour Benny et le Club des Quatre Redoutables de la Kippa Dorée.
Propos recueillis par Eden Levi Campana







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