L’indifférence n’est pas une absence de bruit. C’est un silence qui gagne du terrain.

Un silence épais, insidieux, qui s’installe sans fracas, jusqu’à devenir la bande-son de nos renoncements.

Ce n’est pas un cri étouffé. C’est un gouffre. Un espace de chute où disparaissent peu à peu les présences, les gestes, les élans.

L’indifférence, c’est ce regard qui démissionne. Il effleure l’autre sans jamais le rencontrer. Il voit, mais ne reconnaît plus.

C’est ce cœur qui se retranche, qui se mure, qui décrète que le monde s’arrête au seuil de sa propre porte.

On se persuade que c’est une protection.

Un réflexe de survie.

Un bouclier contre la brutalité du réel.

Mais c’est un mensonge confortable.

Car l’indifférence n’est pas une armure.

C’est une corrosion.

Une lente usure de ce qui nous rend humains.

De ce fil invisible qui nous relie les uns aux autres.

On ne se protège de rien.

On s’éloigne.

On se vide.

On s’éteint, à petit feu.

Et au bout du compte, la vérité est brutale, implacable :

le contraire de la vie, ce n’est pas la mort.

C’est l’indifférence.

Rester vivant, vraiment vivant,

c’est refuser de détourner les yeux.

C’est accepter d’être touché.

C’est prendre le risque de ressentir, de s’indigner, de s’engager.

Parce qu’au moment où l’on cesse de regarder l’autre,

c’est déjà un peu de nous-mêmes qui disparaît.

Xavier Taquillain

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