Exile To Hollywood, le projet artistique porté par Isabelle Durin et Michaël Ertzscheid, est un programme musical pour violon et piano. Il s’appuie sur les grandes musiques de films hollywoodiens composées entre les années trente et cinquante par des artistes européens. La plupart ont été contraints de fuir leur pays pour les États-Unis. On parle de Max Steiner, Erich Wolfgang Korngold, Miklós Rózsa, Franz Waxman, des compositeurs qui ont façonné le son du cinéma classique. Des noms qui ont accompagné les images les plus célèbres du septième art.

Cette création d’Isabelle Durin et de Michaël Ertzscheid consiste à reprendre ces œuvres dans une formation volontairement dépouillée. Un violon, un piano. Rien d’autre. Ce choix est une épreuve de vérité. L’orchestre disparaît, la matière reste. Ce qui frappe alors tient à une évidence que l’habitude avait recouverte. Cette musique n’est pas seulement narrative. Elle est construite avec une exigence héritée de l’Europe savante. Elle porte en elle Mahler, Strauss, toute une tradition qui ne s’efface pas en traversant l’Atlantique. Mais au contact de l’Amérique, quelque chose se transforme. Le rythme se libère, la ligne se fait plus directe, une lumière nouvelle traverse l’écriture. Le cinéma devient le lieu de cette rencontre.

Isabelle Durin et de Michaël Ertzscheid ne cherchent pas à reconstituer l’illusion orchestrale. Ils font autre chose. Ils déplacent l’écoute. Le violon prend la parole avec une retenue presque sévère. Aucun effet inutile. Le son est tenu, comme s’il portait une mémoire fragile qu’il ne fallait pas abîmer. Le piano, lui, n’accompagne pas. Il organise. Il construit le temps, il donne à chaque phrase sa respiration, il maintient une tension constante. Dans cet espace réduit, tout devient lisible. Les lignes secondaires, les modulations, les transitions. Ce que l’orchestre enveloppait apparaît à nu. Et avec cette nudité vient une émotion plus directe, moins spectaculaire, mais plus profonde. On n’est plus face à une musique qui soutient une image. On est face à une musique qui tient seule, avec sa logique propre.

C’est là que le programme dépasse le simple concert. Il devient une réflexion silencieuse sur ce que le cinéma a été capable d’accueillir. Une musique venue d’ailleurs, marquée par l’histoire, déplacée par la force des événements, et qui trouve à Hollywood un espace pour se réinventer sans se renier. Les deux artistes ne commentent pas cette histoire. Ils la rendent sensible. Leur jeu installe une continuité, une rigueur, une clarté qui laissent apparaître ce qui, dans ces œuvres, relève de la nécessité plutôt que de l’effet. Alors, peu à peu, le regard change. Le cinéma cesse d’être un simple écran. Il devient un lieu de mémoire. Et la musique, loin d’être accessoire, en devient la voix la plus intime. Exile To Hollywood touche à cet endroit précis. Là où une histoire collective rejoint une expérience d’écoute. Là où l’exil cesse d’être seulement une perte pour devenir une transformation. Et c’est cette transformation que l’on entend. Sans emphase. Mais avec une force qui demeure.

Eden Levi Campana

Retrouvez nos portraits Isabelle Durin et de Michaël Ertzscheid sur SABABA MEDIAS :

Exile to Hollywood en bref

Isabelle Durin, violon
Michaël Ertzscheid, piano

Concept
Programme consacré aux compositeurs européens exilés à Hollywood au XXe siècle, à l’origine du son du cinéma américain

Répertoire
Max Steiner
Erich Wolfgang Korngold
Franz Waxman
Miklós Rózsa
Irving Berlin
Dimitri Tiomkin
Bronisław Kaper
André Previn

Sortie de l’album
22 mai 2026

Durée
57 min 53

Label
NoMadMusic

Enregistrement
Février 2025
Orchestre national d’Île-de-France

Concert
23 juin 2026 au Centre d’Art et de Culture – Espace Rachi
39 rue Broca
75005 Paris

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