C’était un rêve d’enfant : participer à un pow wow. Abonnés à tous les sites de pow wow possibles et imaginables, Béatrice et moi-même recherchions celui qui nous permettrait de voir de nombreuses tribus (inter-tribal). Lorsque j’ai fêté mes soixante-dix ans l’an dernier et que mes amis m’avaient proposé de participer à quelque chose de significatif, je leur avais indiqué ce qui était mon rêve. Ce détail n’est pas anodin. Il va s’avérer déterminant par la suite… Lorsque nous avons trouvé le « 50th Denver March Pow Wow », avec plus de 1500 danseurs inscrits ou non à la compétition pour décrocher l’un des prix prestigieux et 65 différentes tribus, ce fut notre choix sans hésiter. Le fait que ce soit à Denver nous convenait bien. Nous connaissions bien la capitale du Colorado, son « East-side Kosher deli » à la fois restaurant et grande supérette cacher. Après quelques jours à New York chez nos amis, nous voilà arrivés à Denver – Colorado, passant de 3° à 32° en quelques heures, au milieu des montagnes enneigées qui entourent le centre ville.

Grand Entry du 50th Denver March Pow wow

L’arrivée au grand stade de la ville, le Coliseum, fut magique. Des milliers d’Amérindiens dans les gradins et autour de l’arène du stade ayant réservé leur place avec des couvertures tribales, changeaient leurs tenues civiles pour les « Regalia ». Si nous avions adopté des tenues d’autochtones, chaussures de pow wow, chapeau de native avec plumes, T-shirts, colliers et bracelets, notre plongée dans les guides de pow wows nous avait dissuadés de porter la régalia réservée aux Amérindiens. Chaque séance de pow wow du matin ou du soir est précédée du Grand Entry, un moment solennel de recueillement, de prières en langue amérindienne et d’entrée des drapeaux portés par des chefs et des vétérans amérindiens.

C’est le moment le plus émouvant lorsque le speaker annonce : « Ce que vous entendez est un chant de victoire. Vous pouvez vous interroger sur le fait qu’un peuple qui a été si souvent vaincu, massacré, chassé de ses terres sacrées entonne un chant de victoire. Pour les Blancs, la victoire, c’est quand ils ont vaincu. Pour nous, Natives (autochtones), avoir survécu et danser à un pow wow, c’est déjà une victoire. » Après de telles paroles, plus question pour moi d’être un touriste qui assiste en spectateur à un événement folklorique. Je suis devenu l’un deux, ayant hâte de les rejoindre dans l’arène dès que le speaker annonce que ceux qui ne sont pas inscrits comme danseurs avec brassards, qu’ils soient Natives ou non peuvent venir danser.

J’avais tenu à aller nous présenter Béatrice et moi au speaker du pow wow, lui expliquant que nous étions tous deux Français et lorsqu’il me demanda ce qui nous motivait, je lui ai répondu que nous étions Juifs et solidaires des autres peuples autochtones comme nous le sommes nous-mêmes. Il m’a répondu que nous étions les premiers Juifs à nous être présentés et nous a souhaité un très bon Wachté (la fête du Printemps chez les Amérindiens). C’était troublant parce que le 1er Nissan, premier mois de l’année juive tombait cette année le 19 mars, alors que le Wachté indien, le Norouz iranien (fête zoroastrienne) et le Newroz kurde étaient célébrés le 21 mars. Pour le reste, nous avons sans arrêt reçu des gestes d’amitié du fait de notre présence par de nombreux participants. Les petits comme les grands et même les tout petits et les très grands étaient heureux de faire des photos avec nous.

Nous avions complimenté un jeune Navajo qui dessinait tout ce qu’il voyait sur un grand cahier à dessins. Il avait longuement discuté avec Béatrice sur comment nous en étions arrivés à Denver et lui avait offert un sticker avec un magnifique colibri et son compte instagram.

Le lendemain, alors que je me promenais dans le Coliseum, un homme âgé m’a tapé sur l’épaule et m’a demandé si c’est bien moi qui venais de France pour mes 70 ans et si ce sont mes amis qui avaient contribué à notre voyage. C’était le père de l’artiste. Il m’a offert deux T-shirts avec le colibri. Il avait bien regardé les couleurs que nous portions et nos tailles pour nous faire le cadeau le plus adapté. Voyant mon émotion, il a ajouté : « ne sois pas mal à l’aise, c’est un cadeau sincère à des amis sincères. » Nous avons eu l’immense privilège de venir féliciter Olivia Jean Old Coyote, la nouvelle Princesse du Pow Wow, élue pour un an. Elle est Arapaho du Nord, Jemez Pueblo & Crow et vit dans la réserve de Wind River dans le Wyoming.

Mais nous n’étions pas à la fin de nos surprises. Au moment de quitter le pow wow, des enfants nous ont cherchés dans le stade pour venir nous embrasser. Le lendemain du pow wow au Musée de Denver et du Colorado, lorsque nous nous sommes rendus au pavillon amérindien, des étudiants amérindiens sont venus nous dire : « Nous vous avons reconnus. Vous étiez avec nous au pow wow. Vous aimez donc vraiment notre culture ! »

Jean-François Strouf

Laisser un commentaire

Tendances

En savoir plus sur SABABA MÉDIAS

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture