Si vous n’avez pas encore choisi votre soirée du dimanche soir, rendez-vous rue La Fayette. À 19h30, l’ECUJE accueille la première lecture publique de Robert & Élisabeth Badinter, pièce écrite et mise en scène par Sarah Barzyk. Le texte n’a encore jamais été joué. Daniel Mesguich et l’auteure le liront ce soir devant le public pour la première fois.

On croit tout connaître de lui. Né en 1928, fils de Simon Badinter, raflé à Lyon en février 1943 rue Sainte-Catherine et assassiné à Sobibor. En novembre 1972, Robert Badinter assiste à l’exécution de son client Roger Bontems dans la cour de la Santé. Il ne s’en remettra pas. Au procès de Patrick Henry, à Troyes en 1977, les jurés refusent la peine de mort après sa plaidoirie. Quatre ans passent, il est ministre de la Justice et défend l’abolition devant les députés le 17 septembre 1981. Élisabeth, née Bleustein-Blanchet, a grandi chez le fondateur de Publicis. En 1980, L’Amour en plus déclenche une polémique durable en retraçant l’histoire de l’instinct maternel du XVIIe siècle à nos jours, et beaucoup de lectrices ne le lui ont jamais pardonné. Mariés en 1966. Lui s’est éteint en février 2024 et repose au Panthéon depuis octobre 2025. Elle continue de batailler, souvent à contre-courant de son propre camp.

Sarah Barzyk s’aventure là où les archives se taisent. Les plaidoiries, les discours, les essais, tout cela est imprimé depuis longtemps. Ce qui se disait à la table du petit déjeuner, rue Guynemer, entre deux dossiers, personne ne l’a consigné. La pièce invente ces conversations, leurs désaccords, leur humour, cette complicité d’esprit qui tenait du duel autant que de la tendresse. Deux indépendances farouches sous le même toit pendant près de soixante ans.

Le choix de Daniel Mesguich pour incarner Robert a quelque chose de vertigineux. Né à Alger dans une famille juive, débarqué à Marseille en 1962 à l’âge de dix ans, élève d’Antoine Vitez puis directeur du Conservatoire national de 2007 à 2013, il a vu passer dans ses cours Richard Anconina, Sandrine Kiberlain, Philippe Torreton et même Mylène Farmer. Sa voix a lu Proust en entier. Surtout, il a déjà prêté ses traits à Léon Blum, deux fois chez Yves Boisset, et en 2021 à Georges Kiejman dans Tout s’est bien passé de François Ozon, autre ténor du barreau passé par les gouvernements Mitterrand. La robe noire lui va. Face à lui, Sarah Barzyk tient elle-même le rôle d’Élisabeth. Débuts à quatre ans devant la caméra de Bob Swaim, aux côtés de Roger Hanin, dans Maître Da Costa. Miss Paris 2008, fille de Patricia Barzyk, Miss France 1980, belle-fille de Jean-Pierre Mocky qu’elle a dirigé dans son court métrage Marlowe en 2015 avec Jacques Attali en apparition. Marie de Béthanie chez Robert Hossein, un premier roman en 2021, Juste une question de temps. Une trajectoire en zigzag, qui ne ressemble à aucune autre. Après la lecture, l’auteure restera pour échanger avec le public, accompagnée de quelques amis du couple Badinter, ceux qui les ont connus hors des tribunes et des plateaux.

Rachel A. Silberman

Infos pratiques
Dimanche 8 novembre 2026, 19h30
ECUJE, 119 rue La Fayette, 75010 Paris
Bus 26, 38, 43, 45, 54, 91
Tarif normal (places limitées) ou tarif réduit
01 53 20 52 52 / infos@ecuje.fr

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