Qui se souvient de Hour ? Pendant la bataille contre Amalek, il soutient avec Aaron les bras de Moïse jusqu’au coucher du soleil, puis disparaît presque aussitôt du récit. Nahshon ben Aminadav, Sérah fille d’Asher, Eldad et Médad, Elisheva l’épouse d’Aaron. La Torah fourmille de noms qui ne durent que le temps d’un verset, glissés dans une généalogie ou au détour d’un épisode, et que la lecture de la paracha survole chaque shabbat sans s’y attarder. Haïm-Aimé Abitbol a choisi de les attraper au vol. Artiste peintre, il vient de publier Ceux que la Torah a laissés dans l’ombre, en autoédition, disponible en broché et en numérique. Nous l’avons interrogé sur l’origine de cette enquête, sur les figures qui l’ont retenu et sur ce qu’un peintre peut chercher dans des récits où presque rien n’est décrit, ni un visage, ni une couleur.

SABABA MÉDIAS : Vous êtes peintre avant d’être auteur. À quel moment avez-vous ressenti le besoin d’écrire ?
Haïm-Aimé Abitbol : L’écriture m’a toujours passionné. Devenir écrivain était un rêve que je portais en moi depuis longtemps. Si j’ai d’abord pensé que cette envie remontait à mon adolescence, en y réfléchissant plus précisément, je crois qu’elle a véritablement pris forme autour de mes quarante ans.

Ce n’était pas encore un projet précis, ni nécessairement l’envie d’écrire sur la Torah. C’était avant tout le désir d’écrire, tout simplement, de devenir écrivain. La peinture a occupé une place dans ma vie, mais cette passion pour les mots ne m’a jamais quitté.
Quel personnage a tout déclenché ?
Tout est parti des enfants de Moché. Je me suis demandé comment il était possible que les enfants d’un personnage aussi immense que Moïse semblent ainsi disparaître de l’histoire. On connaît leur père, son rôle exceptionnel dans l’histoire du peuple d’Israël, mais que sait-on réellement de ses fils, Guershom et Éliézer ?
J’ai cherché à savoir ce qu’ils étaient devenus, quelle avait été la suite de leur histoire, mais je n’ai pas trouvé de véritable réponse. Cette absence de suite m’a intrigué. Comment les enfants d’un homme aussi important pouvaient-ils être si peu présents dans le récit biblique ? C’est cette interrogation qui m’a donné envie de m’intéresser à d’autres personnages que les textes évoquent peu, et dont les histoires méritent pourtant qu’on s’y arrête.

Votre livre s’appuie-t-il uniquement sur le texte biblique, ou faites-vous également appel aux Midrashim et aux commentaires des sages ? Où s’arrête la Torah et où commence votre regard personnel ?
Mon travail consiste avant tout à chercher, à lire, à confronter les sources bibliques aux Midrashim et aux commentaires des sages. Je préfère m’appuyer sur ce qui nous a été transmis plutôt que de laisser libre cours à mon imagination.

Betsalel est l’artisan chargé de réaliser le Michkan, le Tabernacle, et souvent considéré comme le premier artiste nommé dans la Torah. Que représente-t-il pour vous, en tant que peintre ?
Betsalel représente pour moi un artiste, un maître d’œuvre, un architecte et un sage. C’était un grand bâtisseur, qui avait une vision d’ensemble et savait s’entourer des bonnes personnes. Mais ce qui me paraît tout aussi important, c’est qu’il est resté fidèle au texte et aux prescriptions qui lui avaient été confiées. Il a su mettre son talent au service d’une œuvre qui le dépassait.
Shifra et Poua ont désobéi à Pharaon pour sauver les nouveau-nés hébreux. Pourquoi, selon vous, leurs noms restent-ils si peu connus ?
Je ne sais pas vraiment pourquoi elles sont si peu connues. Ce qui m’intéresse, c’est qu’elles ont eu le courage de désobéir à Pharaon pour sauver des enfants. Leur histoire m’a semblé mériter qu’on s’y attarde.

Les filles de Tselofhad ont obtenu une modification de la loi sur l’héritage. Comment interprétez-vous leur démarche aujourd’hui ?
Ce qui me touche chez les filles de Tselofhad, c’est avant tout leur volonté d’obtenir justice. Elles ont estimé qu’une situation était injuste et ont eu le courage de le faire savoir. Leur démarche a été entendue et a permis de faire évoluer la loi. Je trouve cela remarquable.

À qui s’adresse votre livre ? Un lecteur de 20 ans qui n’a jamais ouvert un Houmach peut-il y entrer ?
Sincèrement, je ne pense pas qu’un lecteur qui n’a jamais ouvert un Houmach puisse comprendre pleinement mon livre. Il lui manquerait le contexte biblique nécessaire pour situer les personnages et comprendre leur histoire. Je pense qu’une première lecture du texte de la Torah lui permettrait d’entrer beaucoup plus facilement dans ma démarche.

Si vous deviez peindre un seul personnage pour illustrer l’article, lequel choisiriez-vous ?
Je choisirais le roi David, pour tout ce qu’il représente de la royauté, son faste et sa dimension majestueuse.
Rachel A. Silberman
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