La première rencontre avec Mel s’est faite presque par hasard, une soirée au ShakshukaBaret, ce cabaret juif où l’on vient pour l’ambiance et où l’on repart souvent avec une révélation. Dès les premières minutes, la salle vibrait déjà d’un rire franc, collectif, irrépressible. Mel n’entrait pas en scène, elle prenait possession de l’espace, comme on s’installe dans un salon rempli d’amis, avec cette manière rare de parler de soi sans jamais se regarder le nombril. Chaque anecdote devenait miroir, chaque personnage croqué semblait sortir d’une cuisine familiale, d’une cour d’école ou d’un repas de fête un peu trop arrosé. On riait beaucoup, mais pas seulement pour la blague, on riait parce qu’on se reconnaissait, parce que ses mots touchaient juste, parce que son autodérision avait la délicatesse de ceux qui ont beaucoup observé le monde avant d’en rire.

Ce qui frappe chez elle, c’est cette capacité à mêler la tendresse au mordant, à passer d’une absurdité hilarante à une émotion presque pudique sans jamais briser le rythme. Son spectacle Pour le meilleur et pour médire ne se contente pas d’aligner les sketches, il raconte un parcours, une quête, une femme prise entre les injonctions sociales, les rêves familiaux et la réalité souvent cocasse de la vie. Les figures qu’elle incarne défilent comme dans une galerie de portraits vivants, ex envahissant, mère excessive, nutritionniste sentencieuse, souvenirs d’école qui piquent encore un peu, et toujours cette intelligence du regard qui transforme la caricature en humanité.
Intriguée par l’enthousiasme du public et consciente que l’euphorie d’une première découverte peut parfois embellir les souvenirs, la rédaction de SABABA a décidé d’envoyer l’un de ses critiques incognito à une autre représentation. Sans annonce, sans traitement de faveur, juste un spectateur parmi les autres. Le verdict est tombé avant même l’entracte, quand les rires fusaient déjà en cascade. Non seulement la magie opérait toujours, mais elle semblait même gagner en intensité. Le texte était affûté, le rythme parfaitement maîtrisé, les silences savamment posés pour laisser exploser l’hilarité. Là où l’on riait beaucoup la première fois, on riait encore plus la seconde, avec cette impression délicieuse de redécouvrir certaines répliques sous un angle nouveau.

Mel possède ce don rare de faire du quotidien une épopée comique et des petites failles humaines une source de joie partagée. Son humour n’écrase jamais, il enlace, il secoue gentiment, il libère. On sort de la salle le visage détendu, le cœur léger, avec la sensation d’avoir passé un moment précieux, de ceux qui réconcilient avec la scène, avec les autres et parfois même avec soi. Pour le meilleur et pour médire n’est pas seulement un spectacle drôle, c’est une parenthèse lumineuse, une célébration de nos contradictions et de nos faiblesses transformées en force comique. Mel ne fait pas que faire rire, elle crée du lien, et c’est sans doute ce qui rend son humour si profondément contagieux.
Rachel A. Silberman

Le Bout Théâtre – 6 rue Frochot, 75009 Paris
Dates et horaires : Les 2e et 4e dimanches du mois à 17h00
Du 8 février au 26 avril 2026
8 et 22 février
8 et 22 mars
12 et 26 avril
Réservations : lebout.com
reservations@lebout.com
01 42 85 11 88
Ticketac
Ticketnet
TheatreOnline






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