L’Erreur, court métrage réalisé par Pascale Louange, enchaîne les sélections et les prix, et nous avons voulu nous forger notre propre opinion à SABABA MÉDIAS. Le titre en dit peut-être déjà trop, excusez-nous pour ce léger dévoilement. Effectivement, nous avons été saisis dès les premières images. Pas surpris au sens spectaculaire, mais atteints, touchés à un endroit plus profond, plus intime, là où le cinéma cesse d’être un objet pour devenir une traversée. Le film de Pascale Louange, d’une grande simplicité, s’impose doucement et referme sur le spectateur un espace dont on ne sort plus avant la dernière seconde.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la netteté du regard. Rien d’appuyé, rien de démonstratif, aucune volonté d’expliquer ou de convaincre. La réalisatrice avance à pas feutrés, avec précision, laissant affleurer les tensions sans jamais les souligner. Tout repose sur une confiance absolue dans l’intelligence sensible du spectateur, sur sa capacité à entendre ce qui n’est pas formulé, à ressentir ce qui ne s’énonce pas. Le film se déploie ainsi dans un entre-deux fragile, où chaque silence compte autant qu’un mot.

Les parents sont incarnés par des artistes connus et reconnus, dont la maîtrise ne fait aucun doute. Leur présence est solide, ancrée, tenue, presque inquiétante par moments tant elle est précise. Ils donnent au récit un socle de vérité et de tension qui ne vacille jamais. On sent l’expérience, le métier, cette capacité à retenir plutôt qu’à montrer, jusqu’au moment ou…

Au cœur du film, il y a l’enfant. Et c’est là que quelque chose bascule. La jeune actrice ne compose pas, ne surjoue pas. 12 ans et un bel avenir dans le 7eme art, c’est certain. Elle habite chaque plan avec une évidence troublante. Son regard, ses silences, ses gestes infimes portent une charge émotionnelle d’une intensité fragile. On oublie très vite qu’elle est dirigée, qu’elle est filmée. Elle devient le point de gravité du récit, celui autour duquel tout s’organise, celui par lequel la douleur circule sans bruit. L’excellence des parents, aussi remarquable soit-elle, s’efface presque devant cette présence brute, instinctive, bouleversante de vérité.

La musique d’Alexandre Desplat, quoi d’autre ? Deux Grammy Awars, deux Oscars, plusieurs BAFTA, César et Golden GLobes… tout est dit. Cette création accompagne l’immersion dans ce conflit familial du point de vue de l’enfant, avec une délicatesse extrême. Elle ne vient jamais dicter ce qu’il faudrait ressentir. Elle enveloppe, elle soutient, elle insiste parfois, puis se retire, laissant l’émotion respirer. Elle agit comme une mémoire souterraine, une pulsation discrète qui relie les scènes entre elles et prolonge le film bien au-delà de son cadre.

La réalisatrice en profite pour mettre, une petite gifle à l’antisémitisme. Qui s’en plaindrait ? Pendant quinze minutes, le temps semble suspendu. On entre dans ce film comme on entrerait dans une chambre fermée, dans un espace où tout résonne, où chaque détail compte. Et lorsque l’écran s’éteint, quelque chose demeure, une impression persistante, presque physique, qui refuse de s’effacer. Déjà distingué dans de nombreux festivals, ce court métrage confirme qu’un format bref peut contenir une densité de cinéma rare, exigeante, profondément humaine. Nous attendons désormais le long métrage que prépare Pascale Louange avec un vif intérêt, convaincus que ce regard, cette précision et cette capacité à toucher juste ont encore beaucoup à dire.

Eden Levi Campana

Qui est la réalisatrice ?
Pascale Louange a passé son enfance à l’étranger, elle en garde l’acquisition de plusieurs langues (allemand, espagnol, italien). Après des études littéraires, elle s’adonne à différentes activités artistiques, le théâtre, la danse, avant de se consacrer totalement à la comédie et l’écriture. “L’erreur” est sa première réalisation.

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