6 000 personnes assises sur des gradins de pierre, jeudi 9 juillet, pour la 43e édition du Festival du film de Jérusalem. Deuxième plus grande soirée d’ouverture au monde après Locarno, à Sultan’s Pool, un ancien réservoir romain transformé en amphithéâtre en plein air où personne n’a jamais pensé à installer un vrai siège. Plus de 30 invités venus de l’étranger cette année, réalisateurs, producteurs, jurés. Dix jours de festival, deux salles, la Cinémathèque et le Lev Smadar, et près de 200 films.

L’invité d’honneur s’appelle Sergei Loznitsa. Ukrainien, né en 1964 en Biélorussie, diplômé de mathématiques appliquées à Kiev avant de tout lâcher pour le cinéma au moment où l’URSS s’effondrait. Douze de ses films sont déjà passés par Jérusalem. Il en a remporté deux prix, un dans la compétition In the Spirit of Freedom, l’autre dans la Chantal Akerman. Cette année il préside aussi le jury de la compétition israélienne. Il a ouvert son discours par un « Shalom Yerushalayim », deux mots, et la salle a réagi tout de suite. Il a dit ensuite que tous ses films cherchent à comprendre ce qui est arrivé dans l’Histoire et ce qui arrive maintenant. Loznitsa refuse le boycott culturel d’Israël depuis des années, publiquement, et ça lui a coûté des invitations ailleurs, des soutiens, des amitiés dans le milieu. Il continue quand même.

Côté films, la soirée d’ouverture était pour Tell Me Everything, le nouveau Moshe Rosenthal, montré à Sundance en janvier. Assi Cohen revient au cinéma après quinze ans, entouré de Keren Tzur, Yair Mazor, Ido Tako, Mor Dimri, Neta Orbach. Le festival aime aussi flairer les futurs lauréats de Cannes ou Venise avant tout le monde, ça fait partie de sa réputation, et cette année encore la liste des invités le prouve : Olivier Nakache et Éric Toledano pour Just an Illusion, le Polonais Rafael Kapelinski pour Budapest Days, l’Arménienne Tamara Stepanyan pour In the Land of Arto, le Tchèque Ondřej Provazník pour Broken Voices.

Sur scène ou dans le public : le maire Moshe Lion, l’ancien président Reuven Rivlin, la directrice du festival Roni Mahadav-Levin, le directeur artistique Orr Sigoli, le président du conseil de la Cinémathèque Dani Mimran, des ambassadeurs, des attachés culturels. Ce genre de festival attire toujours ce monde-là à Jérusalem, année après année, et personne ne s’en étonne plus.

Le festival a été fondé en 1974 par Lia et Wim van Leer. Depuis, sont passés par ses gradins Robert De Niro, Jane Fonda, Warren Beatty, Marcello Mastroianni, Kirk Douglas, Wim Wenders. L’an dernier c’était Gal Gadot, invitée d’honneur, assise sur la même pierre que tout le monde. Personne n’échappe à l’inconfort de Sultan’s Pool, pas même les stars les plus internationales.

Hanna-Fortuna Toledano

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