Le 21 juin, place Victor Hugo dans le 16e arrondissement de Paris, l’association The Truth franchit un cap inédit. Pour la première fois, un événement dédié à la musique israélienne intègre la programmation officielle de la Fête de la Musique. Depuis deux ans et cinq événements, l’association a fédéré une communauté toujours plus large autour d’Israël. Cette nouvelle édition, soutenue par l’Agence Juive, le Keren Hayessod, le KKL, l’OSM, le B’nai B’rith, la WIZO et la Fondation France-Israël, entend célébrer la culture israélienne et rappeler le lien indéfectible qui unit la diaspora à Israël. Céline Dorphin, présidente de The Truth, revient sur les ambitions de cette soirée.
SABABA MEDIAS : C’est la troisième année que vous organisez cet événement. Qu’est-ce qui change cette année ?
CELINE DORPHIN – THE TRUTH : Cette année marque une étape importante. En juin 2024, nous nous étions réunis ici même, Place Victor Hugo, quelques mois après le 7 octobre, pour affirmer notre soutien à Israël et entourer les familles d’otages qui étaient présentes parmi nous. À ce moment-là, il fallait rappeler une évidence : Israël avait le droit de se défendre et le peuple israélien ne devait pas être abandonné dans l’épreuve. En 2025, nous avons organisé « We Will Dance Again » au Trocadéro. Nous étions alors en pleine guerre entre Israël et l’Iran. Malgré les missiles, malgré les inquiétudes et malgré un contexte extrêmement tendu, nous avons maintenu notre événement pour affirmer notre solidarité avec Israël, rendre hommage aux victimes du festival Nova et réclamer la libération des otages.

Et en 2026, nous allons encore plus loin. Pour la première fois, une scène israélienne est intégrée à la programmation officielle de la Fête de la Musique à Paris. On nous a expliqué qu’organiser un concert israélien à Paris était une mauvaise idée. Nous avons donc décidé de le faire. Et de l’inscrire dans le cadre officiel de la Fête de la Musique. Des artistes israéliens, des chansons en hébreu, des drapeaux bleu et blanc et les vibes de Tel-Aviv au cœur de Paris. Depuis trois ans, le contexte change. Notre détermination, elle, reste la même : être aux côtés d’Israël, faire vivre sa culture et montrer que ceux qui espèrent l’isoler, le délégitimer ou le faire disparaître du paysage international n’y parviendront pas.
Pourquoi est-ce important pour vous de faire entendre la musique israélienne au cœur de Paris ?
Parce qu’aujourd’hui, faire entendre la voix d’Israël dans l’espace public est devenu un acte militant. Depuis le 7 octobre, nous assistons à une explosion de l’antisémitisme et à des tentatives permanentes de délégitimation d’Israël. Trop souvent, Israël est présenté uniquement à travers la guerre, les polémiques ou les accusations. Nous voulons montrer une autre réalité. Israël, c’est une démocratie vivante, une société diverse, une culture riche, une créativité extraordinaire et une jeunesse qui continue de chanter, de danser et de créer malgré les épreuves.
Faire résonner la musique israélienne au cœur de Paris, c’est affirmer qu’Israël a toute sa place parmi les nations et que sa culture mérite d’être entendue, respectée et célébrée. Quand certains appellent au boycott culturel, économique, académique ou diplomatique d’Israël, nous répondons par la rencontre et la visibilité. Quand certains cherchent à isoler Israël, à le délégitimer, à le diaboliser ou à le transformer en État paria, nous choisissons au contraire de l’assumer pleinement. Et soyons lucides : cette délégitimation ne vient pas seulement des militants les plus radicaux. Elle est parfois relayée par certaines institutions internationales, par une partie du monde politique, et malheureusement aussi par la diplomatie française lorsque le Quai d’Orsay multiplie les pressions unilatérales sur Israël ou soutient des initiatives qui sont perçues par beaucoup comme une récompense du terrorisme plutôt que comme une contribution à la paix. Face à cela, nous avons choisi une réponse simple : être présents, visibles et fiers.

Quel message voulez-vous transmettre au public qui viendra Place Victor Hugo ?
D’abord un message de soutien clair et assumé à Israël. Nous sommes là pour dire que nous sommes fiers d’Israël, fiers de sa résilience, fiers de sa capacité à se défendre, fiers de sa culture et fiers de ceux qui continuent à créer, chanter et vivre malgré les épreuves. Nous voulons aussi rappeler que la haine ne gagnera pas. Cette fête est ouverte à tous : aux amoureux d’Israël, aux curieux, à ceux qui veulent découvrir sa culture et à tous ceux qui refusent que l’intimidation décide de ce qui a le droit d’exister dans l’espace public français. Notre réponse à ceux qui veulent nous faire taire est simple : davantage de musique, davantage de culture, davantage de visibilité et davantage de fierté.
Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de cette soirée ?
J’aimerais d’abord que le public non juif reparte avec une autre image d’Israël. L’image d’un pays qui ne se résume ni aux gros titres ni aux polémiques, mais qui est aussi une démocratie vivante, une société diverse, une culture foisonnante, une créativité exceptionnelle et un peuple profondément attaché à la vie. J’aimerais que chacun comprenne qu’Israël, ce n’est pas seulement ce que l’on voit aux informations. Israël, c’est aussi de la musique, de l’innovation, de l’art, de la résilience, de l’espoir et une formidable énergie de vivre.
J’aimerais que les Français juifs repartent de cette place plus forts, plus fiers et plus confiants qu’en arrivant. Plus fiers d’appartenir au peuple juif. Plus fiers de leur histoire, de leur identité et de leur lien avec Israël. Qu’ils se disent que oui, il est encore possible en France d’afficher son attachement à Israël. Qu’il est encore possible de sortir un drapeau bleu et blanc, de chanter en hébreu, d’occuper l’espace public sans baisser la tête ni s’excuser. Que malgré les intimidations, malgré la montée de l’antisémitisme et malgré ceux qui voudraient nous faire taire, nous sommes toujours là. Que nous n’avons pas l’intention de disparaître, de nous cacher ou de renoncer à ce que nous sommes. Que nous pouvons être pleinement juifs, pleinement français et pleinement attachés à Israël. Parce qu’au fond, notre message tient en une phrase : « On nous a dit que faire un concert israélien à Paris était une mauvaise idée. Nous avons donc décidé d’en faire un. » Et si, à la fin de cette soirée, des milliers de personnes chantent ensemble en hébreu au cœur de Paris, alors ce sera la plus belle des réponses. La musique est plus forte que la haine. Am Israël Haï.
Propos recueillis par Rachel A. Silberman






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