Un regard est un geste. Parfois même un refuge. Chez Sarah Zeppilli, regarder c’est une approche lente, presque retenue, comme si l’image devait d’abord consentir à exister avant d’être saisie. Rien n’est arraché au réel. Tout est reçu.

Née à Paris au sein d’une famille où l’art circulait sans bruit, elle apprend très tôt que créer ne consiste pas à produire mais à écouter. L’appareil photo, offert à l’adolescence, ne devient ni un outil ni un fétiche. Il s’installe dans la vie quotidienne avec la discrétion d’un objet nécessaire. À partir de là, la photographie s’entrelace à la musique, à l’écriture, à la mise en scène comme une respiration commune.

Une phrase visuelle qui se module, se suspend, reprend. Dans ses images, le temps semble se plier. Les visages ne sont pas saisis, ils émergent. La pose se dissout, la défense s’effrite, et quelque chose affleure, fragile, indécidable, irréductible à toute fonction. Ce que l’on voit n’est jamais une identité figée mais un état de passage. Un moment où l’être accepte de ne plus se protéger.

La lumière, chez elle, n’affirme rien. Elle ne souligne pas, ne dramatise pas, ne s’impose jamais comme une signature. Elle glisse à la surface des peaux, frôle les traits, s’attarde dans un pli du regard. Elle agit comme une confidence murmurée plutôt qu’une proclamation. À cet endroit précis, la photographie cesse d’être un enregistrement pour devenir une écoute. Les portraits d’enfants échappent à toute mièvrerie.

Rien n’y est fabriqué. On y sent une gravité douce, une liberté encore intacte, une présence déjà chargée d’ombres futures. Les adultes, eux, ne sont ni représentés ni interprétés. Ils sont laissés dans leur complexité, debout dans une verticalité parfois vacillante, parfois souveraine, toujours humaine.

Même lorsqu’elle travaille dans des cadres dits professionnels, l’image de Sarah refuse la neutralité. Le visage ne se réduit pas à un rôle, le corps ne se conforme pas à une fonction. Chaque photographie devient un espace où l’individu peut respirer hors de ses assignations. Une parenthèse de vérité sans effet de vérité. Ce qui traverse l’ensemble de son œuvre tient dans une éthique du regard. Aucune domination, aucune mise à distance condescendante. La relation prime sur le résultat. L’image naît d’un accord silencieux, d’une confiance brève mais entière. Ce qui apparaît alors n’appartient ni au photographe ni au modèle. Cela circule entre les deux, comme une vibration commune.

Son travail pourrait se lire comme une écriture de la retenue. Tout ce qui est superflu s’efface. Le cadre se resserre non pour enfermer mais pour laisser advenir. Le silence devient matière. Le spectateur n’est jamais guidé, encore moins sommé de comprendre. Il est invité à rester, à dériver, à reconnaître peut-être quelque chose de lui-même dans cette présence offerte. À l’heure où l’image se consomme à grande vitesse, cette photographie choisit la lenteur. Elle rappelle que voir engage, que regarder transforme, et que la beauté la plus durable naît souvent là où rien ne cherche à séduire. Seulement à être juste.

https://www.sarahsarahphoto.com

Eden Levi Campana

Copyright photos Sarah Zeppilli, 2025

Une réponse à « Sarah Zeppilli, l’éloge de la lenteur »

  1. Ce sublime et délicat portrait lui ressemble bien. Continuez à nous faire du bien, toi, Eden, avec tes mots qui réparent le monde; et Sarah avec ses images et ses yeux qui savent regarder la beauté avec douceur.

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