Après Sababa Jazz… et si on passait au Sababa Rock ? On croyait avoir compris avec Sababa Jazz. Le groove bien élevé, la sophistication tranquille, le swing méditerranéen sans arrogance. Une musique qui respire, qui sourit, qui avance sans hausser la voix. Et puis quelqu’un a branché une guitare. Pas pour hurler. Pas pour poser. Juste pour jouer. Et là, révélation : le rock israélien existe. Et il est sérieusement bon. Parfois trop, même.
Tous les guitaristes sont excellents (pas autant que moi, mais excellents quand même). Il faut être honnête : en Israël, le niveau guitaristique est impressionnant. Riffs précis, sons travaillés, sens du groove, culture psychédélique, économie de notes. Rien n’est gratuit. Rien n’est brouillon. Bon. Ils n’ont pas tous atteint ce niveau de grâce intérieure qui me caractérise, ni cette capacité rare à savoir ne pas jouer quand il le faut. Mais ils s’en sortent très bien. Et je dis ça sans jalousie.
Impossible de ne pas commencer par Sababa 5. Ici, le rock ne fait pas de grands discours. Il avance par nappes, par pulsations, par clins d’œil orientaux. Un psych rock instrumental, solaire, jamais démonstratif. Titres emblématiques : Aspan, Rishikesh. Là où le rock américain te dit « Regarde comme je suis puissant », Sababa 5 te répond « Assieds-toi. Écoute. Tu vas comprendre. »
Avec Berry Sakharof, le rock devient dense, grave, habité. Un rock qui pense autant qu’il sonne. Titre clé : Kachol VeYarok. Chez Rami Fortis, le punk n’est pas une posture. C’est une tension. Une nécessité. Titre clé : Ein Ktze LaYaldut. Ici, personne ne joue au rebelle. Ils le sont.
Mashina est connu de tous en Israël. Des tubes, une époque, une vraie écriture. Titre clé : Rakevet Laila LeKahir. Le rock américain a les Rolling Stones. Israël a Mashina, sans le musée autour.
Avec Izabo, le rock israélien dialogue avec le monde sans jamais se dissoudre. Titres clés : Time, Morning Hero. Pas d’attitude indie. Juste une ambiance tenue, précise, nocturne.
On aime le rock américain. Vraiment. Mais soyons sérieux deux minutes. Le rock américain, ce sont des mythes, des icônes, des riffs éternels, des tournées d’adieux tous les trois ans. Le rock israélien, c’est moins de statues, plus de nerfs, moins de nostalgie, plus de présent. Là où l’Amérique raconte ce qu’elle a été, Israël joue ce qu’il est. La différence est simple. Le rock américain dit « Regarde ce que j’ai été ». Le rock israélien dit « Écoute vite. Demain, on ne sait pas ». Et moi, dans tout ça ? Je regarde cette scène avec tendresse et lucidité, en me disant que si j’avais voulu, j’aurais pu être dans un de ces groupes. Mais que quelqu’un devait bien rester modeste. Sababa.

Playlist Sababa Rock
1 Sababa 5 Aspan
2 Sababa 5 Rishikesh
3 Berry Sakharof Kachol VeYarok
4 Rami Fortis Ein Ktze LaYaldut
5 Mashina Rakevet Laila LeKahir
6 Izabo Time
7 Izabo Morning Hero
8 Shalom Hanoch Ma Shekashur
9 Arik Einstein Uf Gozal
10 Monotonix Set Me Free
Paul Germon

Littéraire latiniste et jazzman égaré par l’immigration dans l’économie et la finance. L’alimentaire est terminé : j’écris, je joue, je me la kiffe. Grand-père tune en âge ingrat revendiqué





Laisser un commentaire