L’ashkétune ne se définit pas. Il se constate. Il ne choisit pas entre la carpe farcie et le couscous. Il les juxtapose, puis il s’en veut. Ensuite, il ajoute de l’huile d’olive, pour faire passer.
Menu ashkétune (Cuisine de l’inquiétude bien tempérée)
Gefilte fish tiède à la harissa.
Un filet d’huile d’olive pour introduire le doute.
Salade israélo-tunisienne.
Tomates, concombre, citron. Huile d’olive franche. Il faut bien un socle.
Couscous à la carpe farcie.
Plat impossible. Tout le monde a un avis. Personne n’a raison.
Huile d’olive ajoutée après coup, comme une tentative de réconciliation.
Cholent pressé au cumin.
Lent dans l’intention, rapide dans l’exécution. Un filet d’huile d’olive pour rappeler que le présent existe.
Pâtes au schmaltz.
Erreur devenue tradition. L’huile d’olive est là, mais elle observe.
Semoule et raifort.
Incompatibles. L’huile d’olive circule entre les deux, diplomate.
Hallah trempée dans le bouillon.
Essuyée à l’huile d’olive. Geste non homologué, mais nécessaire.
Makroud au pavot.
Sucré inquiet. L’huile d’olive s’abstient.
Gâteau au miel et à la culpabilité.
Long en bouche. Très long.
Vin rouge kasher. « Ça ira », ou pas.
Thé à la menthe trop infusé.
Café noir. Après tout.

Manifeste ashkétune
L’ashkétune n’est ni une synthèse ni une fusion. C’est une cohabitation sous tension. Il ne transforme pas l’angoisse en rire. Il transforme le rire en mode de survie.
Il se moque de lui-même par hygiène, et des autres par politesse.
Toute certitude trop calme lui inspire de la méfiance.
Toute joie sans ironie lui paraît incomplète.
Il ne dit jamais « tout va bien ». Il dit : « pour l’instant, ça tient ».
Sans huile d’olive, rien ne tient vraiment.
Conclusion provisoire : L’ashkétune ne cherche ni la paix intérieure ni la réconciliation. Il cherche un équilibre instable, arrosé d’huile d’olive, juste assez pour rester lucide et suffisamment debout pour rester à table.
Paul Germon






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