Il existe deux manières d’être engagé. Signer des pétitions. Ou répéter. La nouvelle école de jazz israélienne a choisi la seconde. Mauvais pour les hashtags, excellent pour la musique. Formés au sérieux, conservatoires, New York, jam sessions sans indulgence, ces musiciens connaissent Coltrane par cœur et les maqâms orientaux par instinct. Résultat, un jazz qui ne copie personne, mais qui parle plusieurs langues avec un accent méditerranéen assumé.

Avishai Cohen, le contrebassiste, il faut toujours préciser, est le grand frère. Ancien de chez Chick Corea, il chante en hébreu, en anglais et en ladino, non par nostalgie, mais parce que ça groove. Une langue vivante, pas un musée.

Avant que le mot fusion ne serve d’excuse, Omer Avital avait déjà posé Hafla, « la fête » en arabe. Tout est là. Quand la musique est bonne, les mots voyagent sans visa. Derrière eux, ça joue très sérieux.

Anat Cohen swingue, Shai Maestro construit, Avishai Cohen, trompette, murmure, et Gilad Hekselman gratte très, très bien, presque aussi bien que moi, mais il s’entraîne plus. Conclusion simple. Pendant que certains crient, Israël improvise. Et franchement, ça swingue beaucoup mieux.

À écouter, sans demander la permission

Avishai Cohen, contrebasse, voix, Song of the Lamb, le groove avec mémoire, hébreu, ladino, jazz, sans folklore. Anat Cohen, clarinette, saxophone, Claroscuro, swing lumineux, autorité tranquille. Avishai Cohen, trompette, Into the Silence, minimalisme, profondeur, parle peu, dit beaucoup.

Shai Maestro, piano, The Dream Thief, architecture, lyrisme, science du silence. Gilad Hekselman, guitare, Trio Grande, précision redoutable, presque aussi bon que moi, mais il s’entraîne plus, utile répétition. Où ça s’apprend, sans slogans.

Center for Jazz Studies, Tel-Aviv, fondé par Amit Golan, des musiciens formés, pas des militants. Partenariats avec The New School, New York, connexion directe au cœur du jazz contemporain, on joue, on écoute, on progresse. Les clubs-laboratoires, Beit HaAmudim, Tel-Aviv, jam sessions, transmission, aucune indulgence, règle simple, si tu sais jouer, tu joues, sinon, tu écoutes.

Paul Germon

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