Vous voulez une histoire de Hanouka ? Un jour de décembre 1993, bien au-delà des nuages et des calendriers, Jeffrey A. Hoffman se trouvait à bord de la navette Endeavour. Il était là pour réparer le télescope Hubble, rien de moins que redonner des yeux à l’univers. Pourtant, au milieu des procédures, des écrans et du silence cosmique, l’astronaute eut une pensée pour une fête ancienne, née d’une résistance minuscule et obstinée. Hanouka. Il sortit alors de son sac une petite Menorah de voyage, sagement éteinte, et une toupie de bois, oui, oui, un Dreidel.
En apesanteur, la toupie devint soudain poète. Elle ne tombait plus, elle hésitait, elle dansait, elle tournait longtemps, comme si le temps lui-même avait décidé de s’amuser. La caméra était allumée, le monde regardait, et Hoffman expliqua simplement ce qu’il faisait, ce qu’était cette fête, pourquoi on faisait tourner cet objet modeste depuis des siècles. Rien d’emphatique, rien de solennel. Un sourire, quelques mots, et cette idée délicieuse que même dans l’espace, même au milieu des étoiles, on pouvait encore raconter une histoire de lumière.
Il y a quelque chose de profondément candide et réjouissant dans cette scène. Une fête née dans l’ombre des temples profanés se retrouve célébrée dans l’endroit le plus improbable qui soit. Une toupie enfantine devient un astre passager. La gravité abdique, la tradition persiste. Hanouka, après tout, n’a jamais été une affaire de grandeur tapageuse. C’est une victoire discrète, une lumière qui s’obstine, un jeu qui traverse les générations sans demander la permission.
Alors si cette année vous manquez d’idées, si vous hésitez entre deux menus ou trois chansons, souvenez-vous de Jeffrey A. Hoffman et de son Dreidel en suspension. Vous n’avez pas besoin d’une navette ni d’un casque spatial. Il suffit d’un geste, d’un récit, d’un instant partagé. Faites tourner la toupie, racontez pourquoi elle tourne, laissez la lumière faire le reste. Et puisque Hanouka a déjà voyagé jusque dans l’espace, elle saura sans peine trouver sa place chez vous. SABABA vous souhaite à toutes et à tous Hag Hanouka Samea’h
Rachel A. Silberman

Astrophysicien de formation, né le 2 novembre 1944, Jeffrey A. Hoffman est actuellement professeur d’aéronautique et d’astronautique au MIT. Il effectuera cinq vols en navette spatiale comme astronaute, inscrivant son nom dans une période charnière de l’exploration orbitale. En 1990, il participe à une mission Spacelab consacrée à l’observation scientifique. À bord, ASTRO-1, un observatoire dédié à l’ultraviolet, scrute un ciel invisible depuis la Terre. Trois ans plus tard, en 1993, Hoffman prend part à une mission qui marquera durablement l’histoire spatiale. Le télescope Hubble, placé en orbite avec un défaut optique majeur, menace de devenir un échec retentissant. L’intervention menée alors permet de corriger l’imperfection et de redonner à l’instrument sa pleine capacité d’observation. À partir de ce moment, Hubble devient l’un des piliers de l’astronomie moderne. Au fil de ses missions, Jeffrey A. Hoffman accumule plus de 1 211 heures hors de la Terre et parcourt près de 34,6 millions de kilomètres en orbite.






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