Adam Sandler avance dans le cinéma américain comme une évidence joyeuse que l’on a trop longtemps regardée de travers. Jay Kelly ne vient pas réparer une injustice, il vient rappeler ce que nous savons depuis toujours, sous la légèreté, sous l’humour populaire, sous les millions de spectateurs conquis depuis trois décennies, se cache un acteur d’une finesse rare, capable d’une douceur lumineuse.

Noah Baumbach l’a compris mieux que quiconque. Leur collaboration n’a rien d’un accident heureux. Dans The Meyerowitz Stories déjà, Sandler déployait un art presque musical de la nuance, cette capacité à faire exister un personnage par ce qu’il retient. Jay Kelly prolonge ce geste avec une maturité sereine. Le film respire, regarde ses personnages avec bienveillance, et Sandler en devient naturellement le centre émotionnel.

Face à George Clooney, incarnation assumée du charisme hollywoodien, Sandler choisit une autre lumière. Là où Clooney occupe l’espace, Sandler l’habite. Ron, son personnage, est de ceux qui tiennent le monde ensemble sans jamais en réclamer la reconnaissance. Manager attentif, mari aimant, père présent dès qu’il le peut, il croit sincèrement que la loyauté finit toujours par être réciproque. Cette foi presque candide donne au film sa chaleur. Elle n’est jamais ridicule, jamais naïve. Elle est profondément humaine.

Ce qui frappe dans l’interprétation de Sandler, c’est la joie initiale qui traverse le personnage. Ron aime son travail, aime son ami, aime la vie telle qu’elle vient. Il y a chez lui quelque chose de Chaplin débarrassé de la misère, un optimisme discret qui n’exclut ni la lucidité ni la tristesse. Quand la désillusion arrive, elle ne détruit pas le personnage, elle le fait grandir. Sandler joue cela avec une élégance rare, sans pathos, sans plainte.

Baumbach filme ce mouvement avec une douceur presque classique. On pense parfois au cinéma de James L Brooks, à cette manière de raconter les failles sans jamais renoncer à la tendresse. Sandler s’inscrit dans cette tradition-là, celle des acteurs capables de faire rire et d’émouvoir dans le même souffle, comme Jack Lemmon ou Albert Brooks. Il ne cherche pas à impressionner, il cherche à être juste. Et c’est précisément ce qui impressionne.

Lors d’une interview donnée à propos du film, Adam Sandler a résumé son approche avec une simplicité désarmante en disant « I just tried to play him with love, because that’s how he sees the world ». Cette phrase éclaire tout Jay Kelly. Ron regarde le monde avec amour, même quand celui-ci ne lui rend pas toujours. Le film choisit de croire en cette posture, et le spectateur avec lui.

Jay Kelly est un film solaire parce qu’il croit encore à la bonté sans la confondre avec la faiblesse. Sandler y trouve un rôle à sa mesure, ample, généreux, limpide. S’il devait enfin être reconnu par l’Académie, ce ne serait pas une surprise. Adam Sandler appartient depuis longtemps à cette catégorie d’acteurs que l’on retrouve avec bonheur, parce qu’ils rendent le cinéma plus vivant, plus chaleureux, plus proche de nous. Jay Kelly ne le transforme pas en grand acteur. Il le confirme, avec un sourire.

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