Je suis arrivé à Talpiot en fin d’après-midi, quand la lumière descend sur les façades industrielles et que les premières vibrations s’échappent des rues barrées. Une file se formait déjà devant l’un des espaces du Yellow Submarine, point de départ de la seizième édition du Israel Music Showcase Festival. On entendait monter des accents reggae qui glissaient entre les hangars. Je me suis laissé porter par le mouvement des centaines de spectateurs qui convergeaient vers la scène extérieure. L’ouverture battait déjà son plein.

Dans la foule, je reconnaissais les badges des délégués étrangers venus de festivals européens, de labels américains, de scènes asiatiques. Ils se mêlaient aux jeunes israéliens qui attendaient les concerts comme un rendez-vous annuel. Je suivais le courant jusqu’à une petite rue entièrement dédiée au festival. On entendait les répétitions d’un groupe pendant que l’équipe technique ajustait la balance depuis un camion stationné contre un mur couvert d’affiches.

Je suis entré dans l’une des salles, juste avant l’arrivée de Orphaned Land. Les lumières ont basculé dans une chaleur dense, la guitare a lancé les premières mesures et la foule a réagi d’un bloc. Je notais l’intensité de la scène, les arrangements caractéristiques du groupe, mélange singulier de rock et d’influences orientales. Au fond de la salle, quelques managers étrangers prenaient des notes en rythme.

En sortant, j’ai croisé un passage permettant de rejoindre un espace réservé à l’équipe artistique. Pas un vrai backstage labyrinthique, plutôt un couloir technique ouvert aux personnes accréditées. Quelques membres de l’organisation faisaient circuler des bouteilles d’eau et ajustaient le planning entre les déplacements vers Tel Aviv et les concerts encore prévus à Jérusalem. Hadas Vanunu passait d’un groupe de professionnels à un autre, répondant aux questions rapides qui jalonnent toujours un showcase.

Je me suis ensuite dirigé vers un autre lieu qui accueillait la performance de DJ Darwish associé à Marina Maximilian. Une foule compacte remplissait l’espace, certains assis sur les marches, d’autres entassés devant la scène. Les pulsations électro se mêlaient à la voix de la chanteuse. L’atmosphère tenait autant de la transe que du concert intimiste. Derrière moi, un producteur glissait à un collègue qu’il n’avait jamais vu une artiste capable de passer aussi facilement d’un registre classique à un univers électro-pop.

Plus tard, j’ai rejoint un autre espace pour suivre Ehud Banai et The Dub Refugees, un ensemble à la croisée du folk et des textures modernes. Dans la salle, je distinguais des visages connus de la scène locale. On sentait que beaucoup venaient aussi pour voir comment les musiciens réinventaient leurs sets pour un public d’observateurs professionnels. Puis j’ai rejoint l’un des plateaux installés du côté de Yad Harutsim. Les gens entraient et sortaient en continu, attirés par ce qui ressemblait d’abord à un brouhaha, puis à une pulsation nette. Sur scène, trois frères alignaient un set construit sur leur parcours familial singulier, eux qui ont grandi dans un foyer juif, arabe et musulman. Leur musique avançait comme un collage vivant, mélange d’influences orientales, d’acid house, de hip-hop et de techno. Je notais la façon dont chaque section basculait vers la suivante sans rupture, comme si leur histoire tissait elle-même les transitions. La foule suivait leurs changements de rythme sans hésitation, et je me suis retrouvé happé dans ce mouvement collectif qui traversait l’espace comme un courant.

J’ai terminé ma soirée dans une rue attenante, au milieu de groupes qui continuaient de jouer devant des cercles serrés de spectateurs. On passait d’un rythme à l’autre, d’un timbre de voix à un solo de guitare, avec cette impression de glisser d’un univers à l’autre en moins de cent mètres. Des dizaines de conversations se menaient en anglais, en hébreu, parfois en espagnol. J’entendais des discussions autour de programmations possibles, de tournées à envisager, de collaborations à ouvrir.

Le lendemain, j’ai croisé plusieurs délégués qui bouclaient leur parcours jerusalémite avant de repartir vers Tel Aviv pour les autres soirées. Certains racontaient les découvertes qu’ils venaient de faire, d’autres détaillaient leur emploi du temps pour repérer un maximum d’artistes sur les deux villes.

Je suis repassé par Talpiot une dernière fois. Les techniciens démontaient une scène pendant que d’autres préparaient le matériel pour la séquence suivante du programme. Une succession rapide de sons, de lieux, de publics, d’équipes en transit. Une sensation de mouvement permanent.

Noah Blum

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