Au lendemain de leur triomphe aux championnats du monde de danse de salon en fauteuil roulant organisés en Slovaquie, SABABA publie une interview exclusive, accordée par Tomer Margalit à votre dévoué serviteur. Sous les projecteurs de Košice, le duo a fait chavirer la Slovaquie entière. Tomer Margalit et Orel Chalaf, complices de mouvement et de lumière, ont conquis le sommet du monde en danse de salon en fauteuil roulant. Leur victoire a surgi comme un éclat d’or dans le soir d’un championnat exigeant, et lorsque l’Hatikva a monté vers les gradins, la délégation israélienne a senti son cœur battre au rythme même de la chorégraphie victorieuse. On aurait dit que la musique, les applaudissements, les respirations suspendues s’étaient accordées en un seul geste, comme si la salle toute entière valsait avec eux.
Là où d’autres voient un fauteuil, eux voient un instrument d’émotions. Là où certains imaginent une limite, ils inscrivent une envolée. Leur danse a la fluidité d’une rivière qui contourne les rochers, la précision de deux oiseaux migrateurs qui tracent le même firmament sans jamais se heurter. Chaque rotation de roue devient un pas, chaque déplacement une phrase, chaque pause un souffle. Dans la rigueur codifiée des danses de salon, ils ont glissé la grâce d’une écriture nouvelle, une écriture où le métal du fauteuil n’est plus un fardeau, mais une aile supplémentaire.
La discipline qu’ils portent, cette danse sportive en fauteuil roulant qui s’apparente aux grandes compétitions du monde debout, réunit la technicité des standards, l’élégance des latines, la délicatesse des duos. Elle n’imite pas la danse classique, elle invente un autre langage. Elle ne réclame pas la pitié, elle exige l’excellence. Sur cette scène internationale où le moindre faux mouvement peut rompre l’équilibre narratif d’une chorégraphie, Tomer et Orel ont choisi la voie du sublime. Ils n’ont pas parlé, ils ont dansé leur histoire, laissant au public le soin d’en recueillir les étincelles.

L’histoire de Tomer porte les couleurs d’une épopée intérieure. Danseuse dès l’enfance, engagée dans les grandes comédies musicales avant que la vie ne la brise, elle a connu ce moment de bascule où un corps se tait et où le monde se rétrécit. Une inflammation de la moelle épinière, un diagnostic qui commande soudain d’habiter autrement son propre souffle. Mais dans cette ombre, elle a planté une graine. À force de persévérance, elle est retournée à l’école, elle s’est engagée volontairement dans l’armée, elle s’est mariée, et surtout elle est revenue à la danse après l’avoir d’abord rejetée. Le refus, puis l’acceptation, puis la reconquête. Comme une trilogie de courage.
Le retour sur scène n’a pas été un simple retour aux gestes d’autrefois. C’était un retour à la vie. À chaque compétition, Tomer affirme que la danse n’est pas tant ce qu’on fait avec ses jambes que ce qu’on réalise avec son âme. Le fauteuil n’a pas effacé la danseuse. Il l’a révélée différemment, plus incisive, plus vibrante, plus libre encore. On devine dans ses mouvements la trace d’une détermination rare, cette volonté d’infuser dans chaque chorégraphie un éclat d’existence que rien ne saurait éteindre.

À ses côtés, Orel Chalaf forme un partenaire dont la présence complète la sienne. Leur duo ne se contente pas de danser ensemble, il tisse le récit d’une alliance, où chacun devient le prolongement du geste de l’autre. Leur complicité semble sceller une promesse silencieuse. Ils avancent comme deux phares qui se répondent, deux flammes qui partagent la même hauteur de ciel. Leur victoire en Slovaquie devient une métaphore pour tous ceux qui doutent, une réponse pour ceux qui pensent qu’une vie fracturée ne peut plus prétendre à la scène. Eux montrent que le mouvement survit toujours, même sous la pierre, même sous la douleur, même dans l’inattendu. Leur médaille d’or porte la couleur du soleil qui revient après une tempête, elle porte le parfum d’un possible élargi, elle porte l’espoir d’une discipline qui se déploie et s’ouvre au monde.
Dans les gradins, lorsque l’hymne a fait vibrer l’air, on a vu des yeux se remplir de larmes et des sourires s’allumer comme des lampions. Quelque chose ressemblait à une bénédiction, quelque chose frôlait la prière. C’est peut-être cela, la danse : un geste qui rassemble les cœurs, un art qui rappelle à chacun que la beauté ne dépend ni d’un corps intact ni d’un destin droit, mais d’un élan que rien ne brise vraiment.
Tomer Margalit et Orel Chalaf s’éloignent désormais de cette victoire mondiale comme deux voyageurs porteurs de lumière. Leur or ne scintille pas seulement sur un podium, il brille dans un imaginaire collectif qui a soudain compris que la danse peut prendre mille formes et qu’aucune ne mérite d’être laissée au seuil du possible. Leur histoire continue, et elle continuera longtemps, comme une musique qui refuserait obstinément de s’éteindre.
Eden Levi Campana

SABABA : Qu’avez-vous ressenti en représentant à la fois l’art de la danse en fauteuil roulant et Israël sur une scène mondiale ?
Tomer Margalit : C’était un honneur. Être sur cette scène, montrer au monde la beauté et la puissance de la danse en fauteuil roulant, était un rêve que nous nourrissions depuis longtemps. Le faire en représentant Israël, particulièrement en ces temps difficiles, a rendu ce moment encore plus significatif.
Quel est le nom de votre école de danse en Israël et qu’est-ce qui vous a inspiré à la créer ?
Notre école de danse s’appelle OTstudio (Orel et Tomer). Nous l’avons fondée pour partager notre passion de la danse et créer un espace où tout le monde, quelles que soient ses capacités physiques, peut s’exprimer par le mouvement. Notre objectif est de montrer que la danse est accessible à tous et que les seules limites sont dans l’esprit.
Un mot sur la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de 2024 ?
C’était une expérience inoubliable ! Nous avons passé trois mois en France avant les Jeux pour nous préparer et répéter notre performance. L’énergie de la foule, l’excitation ambiante et la conscience de participer à un événement historique ont fait de ce moment l’un des plus émouvants de notre vie.
Les championnats d’Europe de danse en fauteuil roulant ?
Notre parcours a été rempli de défis, mais aussi de moments incroyables de croissance. Nous nous sommes entraînés sans relâche, repoussant nos limites. Ces trois mois passés en France avant les Jeux paralympiques nous ont permis d’affiner notre art et d’atteindre un nouveau niveau. Remporter le championnat d’Europe était un rêve devenu réalité, mais c’était surtout une preuve que la passion et la détermination peuvent surmonter tous les obstacles. Le moment le plus fort a été lorsque nous avons dansé une performance dédiée aux otages. Après avoir remporté la médaille d’or, nous sommes restés sur le podium vêtus de nos costumes déchirés, avec du sang sur nos corps et nos visages, et le drapeau israélien flottant derrière nous. Nous voulions que cette image reste gravée dans les mémoires, pour que l’hymne national soit associé à ce qui s’était passé.
Il était important pour nous de dédier une danse aux otages pour faire comprendre ce qui s’est passé en Israël le 7 octobre. C’est pourquoi nous avons dansé avec des bandeaux sur les yeux, du sang sur nos visages et nos corps, exactement comme cela est arrivé aux jeunes hommes et femmes enlevés ce matin-là. En ce sens, oui, notre performance était un acte de résistance.
Comment percevez-vous le fait d’utiliser votre art pour défendre des causes importantes au-delà des frontières d’Israël ?
Nous pensons que l’art est un outil puissant pour transmettre des messages et sensibiliser. La danse a toujours été un langage universel, et nous nous sentons privilégiés de pouvoir l’utiliser pour attirer l’attention sur des causes importantes, toucher les cœurs et raconter des histoires qui méritent d’être entendues.
Où trouvez-vous le courage et la détermination pour continuer à repousser les limites, artistiquement et personnellement ?
Notre courage vient de notre amour pour la danse et de notre conviction que tout est possible. Nous avons tous deux affronté des défis, mais la danse a toujours été notre moyen de les surmonter. À chaque fois que nous montons sur la piste, nous nous rappelons que nous sommes là pour briser les barrières et inspirer les autres.
Voyez-vous une connexion entre le divin et la danse ?
Oui, pour nous, la danse est spirituelle. C’est une forme de prière, une manière de se connecter à quelque chose de plus grand que nous. Quand nous dansons, nous nous sentons libres, connectés et pleinement présents dans l’instant. C’est un sentiment indescriptible.
Comment la danse a-t-elle influencé votre compréhension de la résilience, de la spiritualité ou de l’esprit humain ?
La danse nous a appris que l’esprit humain est sans limites. Elle nous a montré que la résilience consiste à s’adapter, à grandir et à trouver de nouvelles façons de s’exprimer. Grâce à la danse, nous avons appris que, peu importe les épreuves de la vie, il y a toujours un moyen d’aller de l’avant.

BIO EXPRESS
Orel Chalaf est un danseur israélien formé très jeune aux danses latines et standards, où il développe une technique précise et une forte présence scénique. Sa rencontre artistique avec Tomer Margalit marque un tournant. Il devient l’un des rares danseurs professionnels valides à s’investir pleinement dans la danse en fauteuil, construisant avec elle un duo qui repousse les cadres habituels de la discipline. Tomer Margalit grandit avec la danse jusqu’à ce qu’une myélite transverse la paralyse à quatorze ans. Elle choisit pourtant de poursuivre sa voie en fauteuil roulant et s’impose peu à peu comme une figure majeure de cette scène. Le couple marque les esprits dans l’émission Danse avec les Stars, avec une danse avec un bandeau sur les yeux en hommage aux victimes du 7 octobre. Le 28 août 2024, lors de l’ouverture des Jeux paralympiques de Paris, le duo danse place de la Concorde dans une création d’Alexander Ekman réunissant artistes valides et handicapés. En novembre 2024, le couple remporte le championnat d’Europe de Para Dance Sport. En novembre 2025, ils deviennent champions du monde de danse de salon en fauteuil roulant à Košice. Installée en Israël et à la tête d’une école de danse, Tomer Margalit incarne une pratique qui transforme l’adversité en élan et fait de chaque prestation un geste d’inclusion.






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