Je ne m’attendais pas à être happée ainsi par trois jours de pâte levée, de parfums chauds et de conversations qui pétrissent l’âme autant que le blé. Et pourtant, le premier Festival de la Halla en Israël a réussi ce petit miracle : transformer un pain du shabbat, familier et presque modeste, en étendard de culture, de créativité et de joie partagée.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’ambiance. On aurait pu craindre un simple salon gastronomique, un alignement de stands et de dégustations. Mais non, ici tout respire l’élan, l’énergie, le mélange délicieux entre tradition et invention. Dans chaque salle, dans chaque atelier, quelque chose chantait : la mémoire, la transmission, l’humour, la chaleur humaine.
À Tel Aviv, le quartier de Florentine vibrait comme un marché oriental revisité. Des hallot suspendues comme des guirlandes, des artistes en tablier saupoudrant de la farine comme si c’était un geste rituel, des enfants dont le rire se mêlait au crépitement des plaques chauffantes. Les hallot sur bâton, improbables petites brochettes dorées, ont déclenché un enthousiasme presque enfantin, et je confesse avoir succombé plus d’une fois.
À Jérusalem, changement de décor, une promenade au Mahane Yehuda transformée en voyage intérieur. La hafrashat halla, cette séparation symbolique d’un morceau de pâte, prenait une tonalité grave et lumineuse à la fois. Il y avait dans l’air une forme de gratitude, silencieuse mais palpable, comme si la foule savait qu’elle participait à quelque chose de plus grand qu’elle, un geste millénaire devenu geste collectif.

L’exposition au Musée ANU fut l’autre grande surprise. Je n’avais jamais pensé qu’un pain pouvait devenir un objet artistique à ce point. Les artistes ont réussi à tisser des récits, tresses de bronze, abstractions mêlant poussière de blé et pigments, installations qui ressemblaient à des prières couchées sur toile. En sortant, j’avais l’impression d’avoir redécouvert un symbole qui m’accompagnait depuis toujours sans que je le voie vraiment.
Ce festival n’était pas une simple célébration gastronomique. C’était une manière de dire que la cuisine juive porte des mondes, que la halla est un fil qui traverse continents, exils, renaissances et sabbats partagés. À travers elle, on sentait l’identité juive dans ce qu’elle a de plus doux, de plus vivant, de plus irrésistiblement joyeux.
J’en suis sortie légère, nourrie de mille conversations, de parfums encore accrochés à mes vêtements et d’une certitude simple : on devrait célébrer plus souvent ce qui rassemble autour d’une table. Ce festival l’a fait avec spontanéité et générosité.
Rachel A. Silberman






Laisser un commentaire