Avec son récit Mon chemin de faire, Benny Boret redonne à l’enfance la densité d’un paysage intérieur. Non pas l’enfance idéalisée, mais celle qui observe avant de comprendre, qui se souvient avant de savoir nommer. Dès les premières pages, on perçoit ce battement singulier : une écriture limpide qui laisse courir sous sa surface une tension contenue, un souffle, une mémoire encore vibrante.
Le jeune Orélé n’est pas seulement un témoin des événements qui l’entourent. Il est le prisme à travers lequel le monde se réorganise, un monde incertain, traversé de silences, de frontières, d’ombres mouvantes. Boret capte avec une précision rare la manière dont un enfant lit les signes, un geste brusque, une voix qui baisse, une porte refermée trop vite. Tout cela compose un lexique parallèle, une langue fragile qui fait de chaque instant une découverte ou une menace. La grande force du livre est là : rien n’est grossi, rien n’est dramatisé, et pourtant chaque page pulse d’émotion.
Ce qui impressionne, c’est l’extrême retenue du style. Pas d’effets, pas de pathos appuyé, pas de volonté de « faire beau ». L’auteur écrit comme on avance dans la pénombre : avec respect, avec une attention presque tactile, avec cette certitude que les choses essentielles ne doivent pas être criées. La fuite vers la Suisse, les rencontres furtives, les frémissements d’espoir, tout est raconté dans un registre où la sobriété devient puissance. On lit, et l’on a l’impression d’entendre un pas après l’autre, une respiration après l’autre.

L’émotion vient précisément de cette simplicité maîtrisée. L’ami Benny sait que la mémoire a besoin de nuance : il ne s’empare pas du tragique pour en faire un tableau spectaculaire, il choisit au contraire d’éclairer les gestes minuscules, les solidarités ténues, les élans de courage qui n’ont pas de nom mais qui sauvent. Ce choix littéraire, exigeant, confère au texte une résonance très particulière. La douleur est là, indiscutable, mais elle n’écrase jamais la lumière qui continue d’avancer en contrebande.
On sent également, derrière l’écriture, une démarche profondément sincère. Benny Boret ne cherche pas à se placer au centre du récit : il s’efface pour laisser vivre le regard d’Orélé, et c’est cette discrétion qui rend son livre si élégant. Il fait confiance au lecteur, lui laisse de l’espace, du silence, des interstices. Dans un monde littéraire souvent saturé de discours, cette respiration est un cadeau rare.
La publication du livre par David Reinharc Éditions n’a rien d’anodin. La maison a depuis longtemps l’intuition juste pour repérer les textes où la mémoire individuelle rejoint la grande histoire sans la mimer. Elle accompagne ici un récit qui ne se contente pas d’évoquer le passé, mais qui interroge la manière dont ce passé continue de brûler, doucement, dans les récits transmis. Leur travail éditorial, précis et respectueux, permet au livre de trouver sa juste place, celle d’un récit intime qui dépasse largement son cadre.
On referme Mon chemin de faire avec une sensation rare : celle d’avoir traversé un territoire humain, fragile et lumineux, où chaque phrase porte encore une trace de souffle. Rien de démonstratif, rien de pesant, seulement une vérité touchante, tenue, portée par un auteur qui sait que la littérature est parfois la seule manière de sauver ce qui risquerait autrement de se dissoudre.
Eden Levi Campana
Caractéristiques
Auteur : Benny Boret
Editeur : Reinharc David
Date de parution : 21/06/2025
EAN : 9782493575579
Poids : 0,2800kg
ISBN : 2493575571
Pas d’illustrations
Nombre de pages : 220
Format : 14,00 x 21,50 x 1,00 cm






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