Dès les premiers instants de La Bonne Étoile, le nouveau film de Pascal Elbé, le pacte est signé avec le spectateur, ce sera un film simple et sincère. Le récit s’ouvre avec douceur et ne cherche pas à rejouer la grande Histoire, mais à s’approcher au plus près de ceux qui la traversent, hésitants, maladroits, vulnérables.
La réussite du film tient d’abord à son regard. Pascal Elbé dirige son histoire comme on observe quelqu’un qu’on aime : avec patience, avec tact, avec cette attention au détail qui transforme les nuances en révélations. La période dont il s’empare est lourde, instable, mais il choisit de l’explorer par un chemin plus intime, plus fragile. C’est précisément cette délicatesse qui donne à La Bonne Étoile sa profondeur inattendue.

Le personnage principal, interprété avec une vérité bouleversante, avance comme un funambule. Rien n’est héroïsé, rien n’est caricaturé. Il est humain, simplement humain, traversé de doutes, d’élans contradictoires, de peurs qui se devinent avant même qu’il les exprime. J’ai aimé la manière dont le film accompagne sa transformation, sans jamais appuyer, sans jamais souligner. On voit un homme se chercher puis se trouver, non pas dans un geste spectaculaire, mais dans une série de petites prises de conscience qui, mises bout à bout, finissent par faire basculer son destin.
Cette retenue, cette pudeur, irriguent toute la mise en scène. Les plans sont construits avec soin mais jamais ostentatoires. La lumière effleure les visages plutôt qu’elle ne les expose. La caméra s’autorise la proximité sans jamais envahir. On sent Elbé soucieux de préserver ses personnages, de leur laisser un espace où ils peuvent exister pleinement. Cette confiance dans l’humain, si rare, donne au film une respiration singulière.

J’ai été touchée aussi par le mélange très particulier d’humour et de gravité. Rien n’est forcé. Les éclats de comédie naissent du réel, de l’embarras, de cette façon qu’ont les êtres de se débattre avec la vie quand elle les dépasse. Le rire n’efface pas la noirceur de l’époque, il l’accompagne comme une manière de tenir debout. Et c’est dans cette nuance-là, dans ce juste équilibre entre légèreté et profondeur, que le film atteint sa plus belle justesse.
Les acteurs, tous, trouvent le ton exact. Ils jouent à hauteur d’homme, sans effets, sans surlignage. Leurs silences racontent autant que leurs répliques. Leurs hésitations donnent chair au récit. Ce naturalisme pudique traverse le film de bout en bout et lui confère une sincérité qui n’a rien d’artificiel.
Si j’ai aimé La Bonne Étoile, c’est parce qu’il parvient à faire ce que beaucoup de films tentent sans toujours y parvenir : toucher sans manipuler, émouvoir sans sentimentaliser, éclairer sans asséner. Il avance doucement, mais laisse une trace vive. On ressort avec cette sensation rare qu’un film nous a parlé comme on parle à un ami, en confiance, sans emphase, avec une honnêteté simple et lumineuse. C’est une œuvre qui se dépose en nous, et qui reste.
Eden Levi Campana
Synopsis
France 1940, Jean Chevalin et sa famille vivent dans la misère après que ce dernier a jugé bon de… déserter ! La situation n’est plus tenable. Convaincu que « certains » s’en sortent mieux, Chevalin a une brillante idée : se faire passer pour juifs afin de bénéficier de l’aide des passeurs pour accéder à la zone libre. De malentendus en révélations, il va entrainer sa famille dans ce grand périple qui déconstruira ses préjugés un à un…






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